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Transition: El Dadis ne doit pas se dédire PDF  | Imp |  Envoyer
Dimanche, 27 Septembre 2009 18:17

Chaque Guinéen a aujourd’hui le choix d’être du bon ou du mauvais côté de l’Histoire. Chacun sera responsable devant l’Histoire. Nous avons choisi de défendre l’avenir de nos enfants et petits-enfants. Nous sommes totalement opposé à une éventuelle candidature de tout membre du Cndd et du Gouvernement. Pour les raisons suivantes :

  • ElDadis a signé un contrat, un pacte, avec le peuple de Guinée et la Communauté internationale, il ne peut pas le rompre. Il doit respecter ses engagements.
  • Le peuple de Guinée a l’opportunité historique et unique d’élire librement ses dirigeants, il ne faut pas l’en priver.
  • La gouvernance Dadis est pire que celle de feu Fory Coco. Lui laisser l’opportunité de réaliser une élection truquée en sa faveur revient à renoncer au développement de la Guinée pour au moins un demi-siècle.

Le pacte avec le peuple

De la prise du pouvoir au discours du 15 avril 2009 à Boulbinet, El Dadis a clairement déclaré qu’il ne serait pas candidat aux élections. Ses déclarations publiques ont valeur d’acte officiel et de contrat avec le peuple de Guinée et la Communauté internationale. Si Capi El Dadis a bénéficié du soutien de toutes les composantes politiques et sociales de la Guinée et de la neutralité de la Communauté internationale, c’est parce qu’il s’est engagé à organiser des élections libres, justes et transparentes auxquelles ni lui, ni aucun autre membre de la junte n’allaient se présenter.

Qu’il y ait des cadres pour soutenir que El Dadis a pris un engagement moral qui ne lui est pas opposable surprend même un étudiant en première année de droit. Un contrat n’est pas forcément écrit, et El Dadis a bel et bien posé un acte officiel en déclarant publiquement qu’il ne serait pas candidat. En outre, nous sommes dans un régime d’exception dont les règles ont été édictées par la junte et avalisées par les autres partenaires de la transition. Parmi ces règles, la non-candidature des membres de la junte aux élections. Le cadre de la transition a été fixé autour d’un certain nombre de paramètres dont le principal est la neutralité de la junte et du gouvernement face aux élections. Il s’agit donc d’une obligation pour chacun des membres du Cndd et du Gouvernement de ne pas se présenter aux prochaines  législatives et présidentielle.

Cela ne veut nullement dire que les forces vives et la communauté internationale essaient de les priver de leur droit de citoyen éligible. Capi El Dadis et les autres membres du Cndd et du Gouvernement ont toute latitude de se présenter aux élections présidentielle et législatives suivantes, aux conditions définies par la nouvelle constitution.

Capi El Dadis donne l’exemple mauritanien comme référence. Cela n’est pas applicable en Guinée, parce que le peuple de Guinée a sa propre histoire. Il doit construire sa propre démocratie. En plus, la transition mauritanienne avait d’autres règles de jeu:  un seul acteur ne peut pas changer les règles du jeu en plein match. Les acteurs politiques mauritaniens se sont mis d’accord sur les règles du jeu, la candidature d’Abdelaziz ne leur a pas été imposée. Il y a eu consensus sur la candidature, la démission du Général Abdelaziz et la formation d’un gouvernement d’union nationale avant les élections.

Enfin, il faut retenir un élément fondamental: le respect des engagements. Si El Dadis ne peut pas respecter l’engagement pris, la parole donnée, le pacte signé avec le peuple, il ne mérite pas la confiance de celui-ci et des acteurs politiques. Dans ce cas, ces derniers ne peuvent accepter sa participation à une élection que son administration va organiser.

Chance historique

L’ opposition à une éventuelle candidature d’un membre du Cndd ou du Gouvernement n’est nullement envers  la personne du Capitaine Moussa Dadis Camara. Il s’agit de garantir la tenue d’élections libres, justes et transparentes en Guinée.

Le pays a été pendant un demi-siècle sous des régimes dictatoriaux qui n’ont pas pu sortir le peuple de la misère. Les Guinéens ont l’occasion unique, historique de choisir leurs dirigeants. Il faut donc garantir cela par des élections libres, justes et transparentes. Si un membre de la junte, et en particulier son chef, se présentent à l’élection présidentielle, il n’y a quasiment aucune chance que le peuple fasse un choix libre. Le pouvoir en place procédera à la fraude avant et pendant l’élection pour se maintenir en place. Cela a toujours été le cas dans la quasi-totalité des pays africains, et ce sera le cas en Guinée. Les agissements des membres du Cndd, et en premier de son Président, montrent qu’ils cherchent à s’établir sur la durée en passant si possible par des élections truquées.

Culte de la personnalité

  • Tous les discours doivent obligatoirement commencer par un chapelet de titres de El Dadis, accompagné des louanges du chef. L’éphémère Président de la Cour suprême (Mamadou Sylla SYMA) a fait les frais du non-respect de cette règle. “Il a été limogé, parce qu’il n’a pas reconnu le Cndd et son Président”, selon les termes du Capitaine El Dadis,
  • La propension aux grands-messes au Palais du peuple qui n’apportent pas grand-chose à l’édification d’une nouvelle Guinée, mais constituent l’occasion pour El Dadis de faire un show médiatique. Le chef fait et défait les réputations à ces occasions en traitant les hauts cadres de l’Administration comme des valets de cour.
  • Cérémonies de prestation de serment de fidélité sur le Coran et la Bible des militaires à El Dadis et au Général Sékouba Konaté El Tigre, et non à la Guinée et son peuple comme cela se devrait.

Administration Cndd

Nous constatons depuis  juillet 2009 une accélération du rythme des nominations des cadres de l’Administration. Pourquoi tous ces cadres  proches, amis, parents des membres du Cndd et particulièrement du Capi El Dadis et du Général Sékouba El Tigre N°2 de fait du régime ? La raison est simple : le Cndd veut avoir une administration qui puisse assurer la propagande, couvrir les méthodes de financement de la campagne, et assurer la fraude aux élections.

Préfets et gouverneurs acquis à la cause du Cndd. Pour des raisons corporatistes, à cause des liens familiaux et d’amitié. Et pour une question d’intérêt. En effet, ces préfets et gouverneurs, chefs suprêmes de leurs circonscriptions, veulent à tout prix sauvegarder leurs positions. La seule solution pour garder leurs postes et privilèges est le maintien au pouvoir du Cndd et non la restitution du pouvoir aux civils. Ils sont donc prêts à organiser une fraude massive au profit du candidat du Cndd.

Une campagne électorale qui ne dit pas son nom

Elle est lancée pour l’encouragement des mouvements de soutien au Cndd, comme si un régime de transition, donc passager, en avait besoin, affichages prématurés de banderoles de soutien au Cndd dans la ville de Cona-cris.

Achat des consciences par la distribution de vivres et de fonds aux mouvements de soutien et aux populations des localités ciblées. Toutes activités financées par les caisses de l’Etat, Utilisation des “ élus locaux ” illégitimes pour la légitimation de la probable candidature d’El Dadis. Les maires et présidents de CRD présents à la réunion du 31 août au Palais du peuple ont été élus en 2005 au cours d’un scrutin truqué (comme toutes les élections sous le régime Conté). Tous ces “ élus locaux ” étaient à la solde du régime Conté, et sont prêts à tout pour conserver les privilèges pour lesquels ils faisaient allégeance à Conté.

Monopolisation des médias d’Etat

On ne voit et on n’entend que El Dadis sur les médias d’Etat. Son omniprésence est pire que celle de Fory Coco en campagne présidentielle. Une émission récemment réalisée par le Président du FUDEC, François Lonseny Fall, avec la RTG n’a pas encore été diffusée, simplement par crainte de passer à l’antenne une voix autre que celle du Capi El Dadis. Comme si cela ne suffisait, le pouvoir Dadis cherche à museler les opposants sur les médias privés (cas de Moutard Diallo Président du parti NFD) ou de carrément tuer la liberté d’expression (en témoigne la décision du CNC interdisant les questions politiques dans les émissions interactives des radios privées).

Les Guinéens «libérés» par la mort de Conté.

Si les Guinéens se sont, à un  moment donné, résignés à “attendre” la mort de Conté, c’était pour bâtir une nouvelle nation sur des bases saines et dans la paix. Les membres actuels du Cndd pouvaient “prendre le pouvoir avant la mort de Conté”, dixit El Dadis. Pourquoi ont-ils attendu la mort de ce dernier pour “libérer le peuple»? Il le répète depuis le 23 décembre 2008, Capi El Dadis ne voulait pas “humilier le Vieux”. C’est pourquoi, il n’a pas voulu prendre le pouvoir qui lui tendait les bras depuis quelques années. Il a préféré sauvegarder l’honneur d’un homme au détriment du bonheur du peuple. Ils n’ont donc pas libéré le peuple, ils ont “mangé une mangue déjà mûre, ” comme disait un putschiste de 1984.

Le peuple n’a jamais de dette envers ses dirigeants, chacun ne fait que son devoir. Le Cndd a bien fait de prendre le pouvoir, et le peuple de Guinée ne doit rien à ses fils. En plus, personne n’a le monopole du patriotisme : n’importe quel Guinéen patriote peut mener à terme les actions engagées par le Cndd.

Une gouvernance pire

En faisant le bilan sommaire des huit mois du régime d’El Dadis, nous sommes en droit de manifester de profondes inquiétudes sur la capacité de l’équipe dirigeante actuelle à sortir le pays de la pauvreté. Le pouvoir ajoute de nouvelles carences en matière de méthode de gouvernement à celles du régime Conté.

Le régime d’El Dadis est caractérisé par le népotisme, l’improvisation, le désordre administratif et la concentration de tous les pouvoirs à la Présidence, le non-respect de l’orthodoxie financière, l’anarchie militaire, et tout.

Favoritismes

A l’évidence, les seuls critères de nomination sont la proximité avec un membre de la junte et la loyauté envers les  chefs. Sans égard pour les compétences des personnes nommées. Le Capitaine a  mis en scène le vote au cri du personnel pour le choix du Directeur de la Douane, première régie financière du pays. Quand El Dadis évoque des choix “ personnels ”, on est loin des nominations du Président validés par le Sénat aux Etats-Unis. La quasi-totalité des choix ont porté sur des camarades de classe ou de promotion, des relations d’affaires ou professionnelles ou sur des parents. Au lieu de combattre le clientélisme et le népotisme qui prévalaient sous le régime de Fory Coco, le nouveau régime a renforcé ces fléaux.

Enfin, les hommes compétents sont piétinés par le pouvoir d’El Dadis. Aucune nation au monde ne s’est développée sans élites. Il faut des personnes pour explorer le passé de la nation, diagnostiquer le présent et anticiper les évolutions à moyen et long termes. Il faut des hommes d’Oxford, Harvard et Cambridge pour cela. Et El Dadis n’a “pas besoin” de ces hommes-là? Soyons donc certains qu’El Dadis ne pourra pas réaliser le développement de la Guinée.

L’improvisation comme méthode de gestion

Depuis son avènement, le  Cndd procède par navigation à vue. Aucun programme, aucune méthode cohérente dans la gestion des affaires publiques. Nous avons l’impression que les hommes sont choisis et les structures créées après coup (sur mesure) pour les caser. Sinon, comment imaginer trois structures pour auditer et  contrôler les structures publiques ? Comment peut-on justifier, depuis la mise en place du gouvernement, la création de pas moins de cinq  ministères supplémentaires ?

Sinon, comment peut-on justifier ces décrets pareils à ceux des heures sombres du régime Conté ? Avant, on n’était pas sûr que le décret était pris par le Président, maintenant on est sûr que la décision est prise par la bonne personne… sans le recul nécessaire, selon les humeurs du moment. D’ailleurs, c’est El Dadis soi-même qui dit : “ils écoutent les émissions sur les radios privées” pour savoir s’il faut confirmer ou pas la décision prise par “le Président de la République”. Il est vrai que “ les décrets ne sont pas des montagnes ”, mais avant de prendre une décision, un bon dirigeant se doit d’en évaluer les enjeux et les conséquences à court, moyen et long termes. Il s’agit de la vie d’une nation. Chaque décision impacte la vie de milliers ou millions de Guinéens. La Guinée ne peut pas être dirigée à l’humeur d’une personne ou d’un groupe de personnes. L’improvisation dans la gestion ne permet jamais des résultats. Ne soyons donc pas étonnés que depuis l’avènement du Cndd, à l’exception de quelques succès dans la lutte contre le trafic de drogue et le grand banditisme, aucun chantier n’a donné des résultats probants.

Désordre administratif - Concentration des pouvoirs

Le Cndd a déstructuré l’administration publique. Le Capitaine a remis en cause les acquis, bien que faibles, du régime de Fory Coco en matière de décentralisation. Comment un pays peut-il être administré par une seule personne? Dans quel pays le Premier Ministre n’a pas le droit de recevoir un directeur de société? Tous les décaissements sont signés par le Chef de l’Etat. Les ministères n’ont même pas de budget de fonctionnement. La Présidence travaille la nuit après la fermeture des administrations. A part la Guinée du Cndd, aucun autre pays n’est dirigé comme cela. Les dossiers qui, dans une administration normale, seraient traités par un service d’un ministère, le sont dans le bureau du Chef de l’Etat. Résultat, l’administration est entièrement inerte et démoralisée, on rémunère des milliers de fonctionnaires à ne rien faire. L’autorité de l’Etat est encore plus affaiblie du fait que le seul centre de décision se trouve au Camp Alpha Yaya et que la structure organisationnelle de l’administration est en perpétuel changement, dans une instabilité permanente.

Pendant les dernières années du régime de Fory Coco, les Guinéens se plaignaient de la multiplicité des centres de décision. La situation actuelle est pire, parce qu’au lieu de mal fonctionner comme au temps de Fory Coco, l’Administration ne fonctionne plus.

Non-respect de l’orthodoxie financière

Les marchés financés sur le budget de l’Etat, à l’exception de ceux portant sur le programme d’urgence du secteur énergie, sont  de gré à gré, au mépris de toute procédure. Le régime d’exception n’exclut pas la transparence. En outre, les sorties nocturnes d’argent liquide de la BCRG en 4x4 continuent de plus belle (ils n’ont en réalité jamais cessé). Les “ cadeaux ” du Président du Cndd se chiffrent en milliards de francs alors que les caisses de l’Etat sont anémiées. Fory Coco a mis plus de dix ans pour arriver au niveau de gabegie actuelle et pour se permettre autant de liberté dans la gestion des finances publiques.

Anarchie totale

Il est vrai que la réforme de l’Armée est la priorité des priorités pour la paix et la sécurité de la Guinée et de la sous-région. Ce qui est difficile à comprendre, c’est l’aggravation de l’anarchie au sein de l’Armée. Dans ce chapitre,nous plaçons les abus sur les civils dénoncés par International Crisis Group et Amnesty International, les attaques à mains armées perpétrées par des hommes en tenue, le non-respect manifeste de la hiérarchie militaire (en témoigne l’agression sur le Général Toto, 1er vice-prési du Cndd), le désordre dans la cité causé par la circulation anarchique de véhicules non immatriculés pilotés par des soldats qui ne respectent pas le code de la route, etc.

Comment peut-on confier la gestion du pays à des militaires qui ne peuvent même pas discipliner la troupe ? Et dire que la situation empire depuis le 23 décembre 2008.

Abdoulaye Magassouba

Cadre Financier

 

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