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| 4ème vertu : La Justice | | Imp | | Envoyer |
| Jeudi, 03 Septembre 2009 11:01 |
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Le patient lecteur du Lynx me pardonnera ma tendance poussée à proposer à sa lecture des textes que, subjectivement, je considère bons et que je m’obstine à vouloir partager avec lui. Pour cet article aussi, je lui propose un beau texte tiré du «Petit traité des grandes vertus» de M. André Compte-Sponville, agrégé de philosophie. Dans l’extrait qui suit, André traite de la justice. «Des quatre vertus cardinales, la justice est la seule qui soit bonne absolument. La prudence, la tempérance ou le courage ne sont vertus qu’au service du bien.… La justice n’est pas une vertu comme une autre. Elle est l’horizon de toutes et la loi de leur coexistence. «Vertu complète», disait Aristote. Toute valeur la suppose; toute humanité la requiert. La justice se dit en deux sens: comme conformité au droit (jus, en latin) et comme égalité ou proportion, “c’est pas juste” dit l’enfant qui a moins que les autres, ou moins que ce qu’il juge lui revenir. La justice, lit-on chez Platon, est ce qui garde à chacun sa part, sa place, sa fonction, préservant ainsi l’harmonie hiérarchisée de l’ensemble. Serait-il juste de donner à tous les mêmes choses, quand ils n’ont ni les mêmes besoins, ni les mêmes mérites ? D’exiger de tous les mêmes choses, quand ils n’ont ni les mêmes capacités, ni les mêmes charges ? Mais comment maintenir alors l’égalité, entre hommes inégaux ? Ou la liberté, entre égaux ? On en discutait en Grèce; on en discute toujours. Le plus fort l’emporte, et c’est ce qu’on appelle la politique: “la justice est sujette à dispute, selon Pascal”. Il poursuit “la force est très reconnaissable et sans dispute. Aussi, on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste ”. C’est un abîme que la démocratie même ne saurait combler. … La loi est la loi, qu’elle soit juste ou pas. Mais elle n’est donc pas la justice, et c’est ce qui nous renvoie au second sens. Non plus la justice comme fait (la légalité), mais la justice comme valeur (l’égalité, l’équité) ou, nous y voilà, comme vertu. Ce second point touche à la morale, davantage qu’au droit. Quand la loi est injuste, il est juste de la combattre et il peut être juste, parfois, de la violer. Justice d’Antigone, contre celle de Créon. Des résistants, contre celle de Vichy. Des justes contre celle des juristes. Socrate, condamné injustement, refusa le salut qu’on lui proposait dans la fuite, préférant mourir en respectant les lois, disait-il, que vivre en les transgressant. C’était pousser un peu loin l’amour de la justice, me semble-t-il, ou plutôt la confondre abusivement avec la légalité”. Est-il juste de sacrifier la vie d’un innocent à des lois iniques ou iniquement appliquées ? Il est clair en tout cas qu’une telle attitude, même sincère, n’est tolérable que pour soi: l’héroïsme de Socrate, déjà discutable dans son principe, deviendrait purement et simplement criminel s’il sacrifiait aux lois tout autre innocent que lui-même. Respecter les lois, oui, mais pas au prix de la justice, pas au prix de la vie d’un innocent ! Pour qui pouvait sauver Socrate, même illégalement, il était juste de l’essayer et seul Socrate pouvait légitimement s’y refuser. La morale passe d’abord, la justice passe d’abord, du moins quand il s’agit de l’essentiel, et c’est à quoi peut-être l’essentiel se reconnaît. L’essentiel ? La liberté de tous, la dignité de chacun, et les droits, d’abord, de l’autre. La loi est la loi, disais-je, qu’elle soit juste ou pas: aucune démocratie, aucune république ne serait possible si l’on n’obéissait qu’aux lois que l’on approuve. Oui. Mais aucune ne serait acceptable s’il fallait, par obéissance, renoncer à la justice ou tolérer l’intolérable. … Le souhaitable est évidemment que lois et justice aillent dans le même sens, et c’est à quoi chacun, en tant que citoyen, est moralement tenu de s’employer. La justice n’appartient à aucun camp, à personne, à aucun parti: tous sont tenus, moralement, de la défendre”. Mais faut-il pour cela que la justice serve la loi et qu’il y ait des justes pour la défendre. Vaste programme et suivez mon regard. Bonne méditation à tous. Karim Ismaël |
