Metéo




| «Le devoir d’ingérence politique» | | Imp | | Envoyer |
| Jeudi, 03 Septembre 2009 10:54 |
|
Le samedi 22 août, la RTG a diffusé un communiqué du ministère des Affaires étrangères, suivi d’un éditorial «reflétant les vues du gouvernement guinéen». Ce communiqué et l’éditorial entendaient dénoncer «l’ingérence politique des Etats-Unis» dans les «affaires intérieures» guinéennes. Ils voulaient rappeler aux Américains que la Guinée est un Etat souverain, indépendant, qui doit être traité comme l’égal de leur pays dans le concert des nations. C’est le genre de communiqué dépassé, mais encore présent dans des subconscients durs à cuir, que de pseudo-intellectuels ont réchauffé pour nous rappeler les idioties de la Voix de la révolution de la décennie 70. Pour prendre le contre-pied de ce genre de chef d’œuvre, je vous invite à relire l’éditorial de Jean-François Revel dans Le Point du 20 juillet 1991. «Comme les pays riches ne pourront jamais complètement ni absorber, ni arrêter le flot des émigrés venus des pays pauvres, la seule solution n’est-elle pas d’aider les économies retardataires à se développer ? Ainsi seraient fixées sur place des populations qui trouveraient enfin chez elles, emplois et salaires décents. Comme on sait, d’autre part, que toute hausse de niveau de vie entraîne une baisse de la natalité, la pression démographique du Sud sur le Nord diminuerait, réduisant par là même une autre cause d’émigration. Et certains de lancer l’idée, à laquelle on n’échappe jamais en pareil cas, d’un «Plan Marshall» en faveur du tiers-monde. L’idée est juste dans son principe, mais fausse dans la pratique. De toute évidence, si les pauvres devenaient riches, ils partiraient moins ailleurs: le développement peut seul remédier au débordement. En revanche, les difficultés de l’Afrique noire et maghrébine ne découlent pas principalement des causes économiques et ne relèvent guère de la seule aide directe, laquelle, au demeurant, a fait la preuve surabondante de son inefficacité. A cet égard, l’utilisation du slogan de «Plan Marshall» dans ce contexte, constitue un contresens. Elle suppose le problème résolu. En effet, l’aide américaine à l’Europe d’après-guerre s’adressait à des pays qui avaient depuis longtemps accompli leur révolution industrielle, installé chez eux, l’économie de marché, atteint un haut niveau technologique, développé l’instruction et les qualifications. Après les destructions matérielles et les pertes humaines de la guerre, les crédits américains avaient pour but de réamorcer la pompe. Mais il y avait une pompe. Ce n’est pas le cas dans la plupart des pays d’où partent aujourd’hui les émigrés. En outre, le gros des nations bénéficiaires du Plan Marshall disposaient en général de fonctionnaires compétents et intègres. Elles possédaient ou retrouvaient la démocratie. L’usage des fonds pouvait donc être contrôlé au grand jour, les gaspillages et les détournements, réduits au minimum. Ces conditions existent peu ou n’existent pas du tout dans le pays où l’actuel mouvement migratoire prend sa source. Aussi, le développement de ces pays est-il subordonné, non pas seulement à l’aide économique, mais à ce qui peut la rendre utile, c’est-à-dire, la reforme politique et administrative. Le «devoir d’ingérence», qui paraît de plus en plus légitime à l’opinion démocratique internationale, s’est limité jusqu’à présent aux questions de droits de l’homme et d’aide humanitaire. Il va falloir l’étendre à l’ingérence politique. Qu’on ne sursaute pas ! Dès lors que nous vivons une mondialisation de l’économie, dès lors que les pays pauvres nous demandent soit d’accueillir leur surplus de main-d’œuvre, soit de les aider à les employer en finançant leur développement, (soit en nous demandant de financer leurs élections), l’absolutisme de l’Etat souverain est déjà dépassé. La communauté internationale est en droit d’exiger d’un Etat, avant de l’admettre parmi les partenaires d’une action économique mondiale concertée, des garanties élémentaires de compétence, de probité, de responsabilité et de représentativité. Le règne des aventuriers ruineux est terminé. ” Il apparaît donc clairement qu’on ne peut laisser un pays, au motif qu’il est souverain, provoquer la ruine, la mort et la désolation sans intervenir. Le coût de celles-ci est plus exorbitant que les efforts de prévention. Oui, les Etats-Unis, la France et l’Union Européenne ont le droit de nous dire d’arrêter nos pitreries et nos bêtises relevant d’une incompétence grosse de dangers inacceptables pour nos populations. Karim Ismaël |
