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Dix questions «économico-politiques» à A. B. Dioubaté PDF  | Imp |  Envoyer
Écrit par Le Lynx   
Jeudi, 10 Septembre 2009 16:22

En marge de son séjour au bercail, Aly Badara Dioubaté, prof à l'Université de Reims (France) a bien voulu nous faire sa lecture des sujets brûlants de la Transition du CNDD. Patriotiquement!

Le Lynx: Pour commencer, vous voudrez bien nous présenter le tableau de bord de l'économie guinéenne...

Aly Badara Dioubaté: La junte a hérité de 24 années de mauvaise gestion, de mauvaise gouvernance, avec une corruption endémique qui a sapé les bases de notre économie. L'avènement du CNDD s'est passé dans un contexte très difficile. Nous venons de traverser la plus grande crise économique internationale depuis 80 ans, qui, touche aujourd'hui tous les pays en développement, y compris les pays les moins avancés. Avant la crise, notre économie n'avait pas de niveaux solides. Je veux parler de la croissance économique, de l'équilibre extérieur de la monnaie et de la maîtrise de l'inflation. C'est ce qui fait que le CNDD et le peuple de Guinée vivent une situation issue de 24 années de gouvernance du Président Lansana Conté. Les entreprises minières ont supprimé d'énormes projets. A côté de cela, nous avons une monnaie complètement dépréciée, dont l'évolution n'a jamais été maîtrisée par la Banque Centrale qui est incapable de prendre en compte les données macro-économiques réelles et la conduite de la politique monétaire. Ce qui ne permet pas aux Guinéens d'avoir une masse monétaire raisonnable, qui va maintenir les prix à un niveau satisfaisant pour le pouvoir d'achat.

La Banque centrale ne maîtrise pas les prix internes, parce que dans les pays les plus pauvres comme la Guinée, les prix internes sont moins influencés par le taux d'inflation que par le taux d'échange. La raison est simple. En Guinée par exemple, depuis plus de 25 années, les 99% de la consommation du Guinéen moyen sont importés. Les prix internes sont directement connectés aux taux d'échange. La Banque centrale ne peut pas descendre la valeur de la monnaie, parce que la Guinée n'a pas de réserve d'échange. Ses réserves sont amenuisées par la corruption et le déficit de la balance commerciale. La Guinée, malgré sa petitesse, a aujourd'hui, une dette de plus de 3 milliards 400 millions de dollars américains, avec un service de la dette qui absorbe près de 200 millions de dollars par année. Seulement ce service est dans les finances publiques. C'est inacceptable dans un pays comme le nôtre où on a des gros problèmes de financement des secteurs sociaux. La dette publique est mal maîtrisée. Son service très mal assuré et non structurée. Donc, il faut la restructurer. La Banque centrale n'a aucune prise sur les banques commerciales. Alors que sa vraie fonction est de contrôler la stabilité financière. Elle doit suivre le fonctionnement des banques commerciales. La Banque centrale doit faire en sorte que les banques commerciales soient liquides et qu'elles prêtent de l'argent aux agents économiques qui veulent réaliser des projets concrets. La Banque centrale doit à son tour, mener une politique monétaire qui stabilise les prix internes. Mais si on n'a pas une vraie compétence, une vraie clairvoyance au niveau de l'évolution des barrières, on ne peut pas faire le travail normalement.

Quelles pourraient être les conséquences d’un embargo sur la Guinée ?

Les conséquences sont extrêmement graves. Elles sont même-là, elles n'attendent pas. On n’a plus de flux additionnels venant de l'extérieur. Les bailleurs de fonds attendent que le groupe de contact donne des signes rassurants, sur la base des négociations qui sont menés sur le terrain, pour réagir. On a des projets en voie d'être supprimés. Comme le projet d'Appui aux Communautés villageoises, qui est l'un des meilleurs qui a réussi en Guinée. La deuxième phase de ce projet est stoppée et bientôt va s'arrêter, parce que la Banque Mondiale a arrêté le financement en attendant qu'il y ait déblocage au niveau de la situation politique. Il faut que tous les Guinéens comprennent bien qu'on doit rapidement sortir de cette situation de blocage. Pour cela, il faut se poser de vraies questions, et non se perdre dans les détails comme avant. Depuis l'avènement du CNDD, les signes rassurants ont été donnés, notamment la lutte contre la corruption, les narco -trafics et la délinquance économique. Mais, ce sont des activités extra - économiques qui entretiennent une bulle au niveau des prix. L'argent facile à gagner à travers la drogue, la corruption, les faux billets qui circulent dans le pays, maintiennent les prix très élevés. Un pouvoir d'achat très disproportionné par rapport aux Guinéen moyen. Pour un économiste, le vrai prix, c'est celui qui est fonction des coûts de productions du bien en question, d'une marge bénéficiaire raisonnable qui dépend de la concurrence. Les prix n'obéissent pas à ce principe dans notre pays. Ces types d'activités économiques font que le Guinéen moyen n'arrive pas à se payer un terrain ou une maison. Les gens qui travaillent toute leur vie, n'arrivent pas à manger ou à se loger décemment. C'est inacceptable cela! Il faut aussi se poser des questions sur des structures à mettre en place pour des élections, pour débloquer la situation. Je pense que la fixation de la date de l'élection présidentielle en janvier 2010 et mars 2010 pour le 2eme tour est une bonne chose. Il faut vraiment que la situation se débloque, parce que, c'est le peuple qui souffre dans tous les cas.

Le Capitaine Dadis laisse entrevoir une possibilité de se présenter à la présidentielle 2010. Est-ce une bonne chose?

Si j'étais le conseiller du Président, je lui aurais dit de ne pas se présenter maintenant à l’élection présidentielle. Je pense que le Capitaine Dadis peut être cet homme qui, en Guinée, en Afrique et ailleurs, va être considéré comme celui qui aura donné à la Guinée après 50 ans, de vraies bases démocratiques.

Le Capitaine Dadis peut aujourd'hui, avec cette date qui est claire, en poursuivant des actions qu'il a engagées, avoir en Guinée une économie saine et solide. Je suis d'accord avec les Forces Vives qu'il faut aller aux élections, qu'il faut respecter le chronogramme. Mais la vraie question qu'il faut se poser, c'est quel type d'élections voulons-nous? Pour quels résultats? S'il faut aller aux élections pour aller, alors que des questions de la restructuration de l'armée, du toilettage de la Constitution et autres sont en reste, je ne comprends pas. Donc, il faut s'attaquer à ces éléments. Je suis profondément inquiet quand je vois tous les ingrédients d'un cocktail explosif en Guinée, et que je vois les gens s'agiter en se détournant des vraies questions. Il faut être lucide.

Quelles solutions pour notre pays?

Il faut que les Guinéens comprennent que la Guinée ne peut se développer que par le travail des Guinéens. C'est par l'extérieur que nous allons aussi nous développer. Les valeurs occidentales et celles en Afrique sont différentes. On ne peut pas se développer avec des politiques qui sont impersonnelles. Il faut que la lutte contre le narcotrafic, la corruption endémique, continue. Je rappelle que c'est un milliard de dollars ou plus, le montant officiel de la corruption en Guinée. Avec une dette de 3 milliards et quelques, si on luttait contre la corruption, en trois années et quelque, on serait resté sans dette. Il faut que la Banque Centrale qui est l'autorité en la matière et le Ministère de l'économie, fassent en sorte que les objectifs de la politique monétaire et celles de politique budgétaire soient compatibles, pour promouvoir la croissance économique. Il faut qu'au niveau des finances publiques, on mobilise. Plus nos capacités de mobilisation des recettes fiscales augmentent en mettant fin aux régénérations fantaisistes qui font sortir de l'argent inutilement, plus notre économie se porte à merveille. Une fois l'argent conservé avec un taux directeur de 9 à 16, il faut aussi qu'ils contrôlent les banques du second rang, pour qu'elles baissent aussi leurs taux débiteurs au profit des agents économiques. Le vrai problème aujourd'hui, c'est comment soutenir la demande effective en Guinée. Toutes les politiques qui peuvent s'attaquer à ces choses seront les bienvenues. Le Ministère du Commerce doit s'attaquer à ces problèmes pour que notre économie reprennent son équilibre. Sinon, on aura la pression sur la dette et les taux d'échange.

Par rapport aux audits, le Capitaine Dadis a dit qu'il poursuivra ce dossier...

Les audits sont plus importants que les discussions politiques. Depuis 24 ou 50 années de gestion catastrophique de l'économie guinéenne, il faut que les auteurs qui en sont responsables soient identifiés. Cela de permettra de rassurer les investisseurs, puisqu'on aura une économie assainie, mais aussi de restaurer les bases d'une vraie justice sociale en Guinée. Parce que la corruption, le détournement non punis apportent l'injustice sociale. Donc, tous les secteurs doivent être audités. C'est en Guinée où on voit des gens devenir millionnaires alors qu'ils n'ont aucune compétence, pour mériter leur vie. Parmi les priorités économiques, la poursuite des audits, l'assainissement des finances publiques, la restructuration de la Banque Centrale, l'armée, les Institutions républicaines, la section de l'Assemblée nationale. La Cour suprême, les magistrats, doivent être réformés.

Donc, il faut un environnement macro-économique qui soit sain et qui soit adapté à un environnement juridique consistant, pour avoir les vraies bases d'une économie solide.

Propos recueillis par
Abou Bakr et Thérese Koivogui

 

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