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Dix questions «massacrées» à Lapin Doré PDF  | Imp |  Envoyer
Écrit par Propos recueillis par Diallo Souleymane, Bachir Sylla et Mamadou Siré Diallo   
Lundi, 19 Octobre 2009 14:44

interview

Dix questions «massacrées» à Lapin Doré

 

Le 29 septembre, au lendemain du carnage du 28 septembre critique, Lapin Doré, Secrétaire général de l’UPG (Union pour le progrès de la Guinée) nous a accordé un entretien sur son lit de malade, à son domicile de Donka. Pour narrer le massacre d’innocents et les coups qu’il a encaissés. Les carottes sont cuites.

 

Le Lynx: Vous êtes blessé à la tête, comment cela est-il arrivé ?

Lapin Doré: Pas seulement au niveau de la tête. J’ai reçu aussi des coups de bâton et des coups de pied à la tête, à la mâchoire, aux reins, aux fesses, à la cheville gauche puis au poignet droit et au majeur de la main gauche. Sans compter les petits coups, peut-être pour me chatouiller sur la poitrine et partout. C’était des coups qui étaient donnés pour tuer.

 

Est-ce que vous avez pu identifier vos agresseurs ?

 

Oui! On se voyait vis-à-vis. Ils m’ont traité de tous les noms, les plus infamants dans leur répertoire. Ils ont dit que je devais mourir. Mais j’ai eu la vie sauve grâce aux gendarmes, sinon une seconde après, je passais… Quand j’ai vu le Commandant Tiegboro, je l’ai interpellé. Il a dit aux bérets rouges: «Vous savez qui sait ?» Ils l’ont traité pour le moins cavalièrement. Et comme les gens venaient au tour de nous, cela a retardé l’exécution de la sentence qu’ils avaient prononcée entre eux. Celui qui discutait avec Tiegboro avait un gros gris-gris au front et sur la poitrine… C’était à une des entrées centrales du stade. De là-bas, on m’a traîné au milieu de la cour et on m’a dit de me mettre à genoux et c’est là que Tiegboro m’a pris. Il y a eu altercation entre Tiegboro et ces bérets rouges. Mais les coups pleuvaient, mon problème, c’était de ne pas tomber. C’est en titubant qu’on m’a traîné jusqu’à la voiture, puis, à l’état major de la gendarmerie. On m’a tabassé tout le long du trajet. Voilà ma chemise tacheté de sang. Ils m’ont volé mes téléphones, enlevé ma veste, pris mes carnets d’adresses et volé 350 000 Fg que j’avais sur moi. Ils voulaient que j’enlève le pantalon pour rester en slip avec la chemise… Voilà comment je suis arrivé à la gendarmerie où j’ai reçu mes collègues: Sidya Touré,

Mouctar Diallo, Lounsény Fall, parce que Cellou Dalein Diallo a été transporté immédiatement au Camp Samory. C’est plus tard, je pense que grâce au chef d’État-major de la gendarmerie que nous avons été rassemblés à la clinique Pasteur… Je dois rendre hommage à la gendarmerie qui s’est comportée en élément de l’armée républicaine qui, tout en faisant son travail de maintien d’ordre, est restée dans les limites de ce qu’il faut faire pour exécuter les ordres reçus… Il se trouve que notre pays, à mon avis, est en grand danger. Si les gens qui ont été formés pour tuer l’ennemi et garantir la sécurité de ceux qui sont à l’intérieur des frontières se transforment en tueurs de ceux qui peuplent l’intérieur, on ne sait plus à quel moment on est en sécurité ou en insécurité.

Et puis, certains langages que j’ai entendus, m’ont davantage effrayé que les coups que j’ai reçus. Parce que les gens tenaient un langage ethniciste qui n’était pas de nature à me tranquilliser. C’est pourquoi, quand je suis arrivé ici, on m’a dit de faire une déclaration sur RFI (Radio France Internationale) pour contenir l’ardeur de certains. On m’a rapporté de N’Zérékoré que le sac de mon domicile est le fait des peuls. Aussitôt, d’autres là-bas ont dit: alors si c’est comme ça, nous aussi on va faire le sac du domicile des peuls. Donc, je me suis hâté d’appeler Olivier Roger (Journaliste à RFI), parce que je n’ai pas accès à la RTG (Radiodiffusion Télévision Guinéenne) pour dire que mon domicile n’a pas été cassé par des soussous, par les peuls, par les malinkés, par les forestiers en tant qu’ethnie. Mon domicile a été saccagé par des bérets rouges.

Maintenant, ils se peut qu’il y ait des peuls dedans, des malinkés, des soussous ou des forestiers. Mais, ce sont des bérets rouges qui ont tout emporté et détruit tout ce qu’ils n’ont pas pu emporter.

 

Nous voyons que vous êtes fatigué, mais racontez-nous ce qui s’est passé au stade !

 

Pour ce que je sais, je ne suis pas au stade. Je suis resté ici, chez moi, parce que j’étais en contact avec les religieux, en particulier Monseigneur Gomez et l’Imam ratib de la mosquée Fayçal, M. Ibrahima Bah. Pour qu’on voie comment gérer ce contentieux entre le gouvernement et les membres des Forces Vives qui avaient demandé depuis longtemps un meeting dans les formes mais qui, à la dernière minute se sont heurtées au refus du gouvernement de laisser tenir leur manifestation. Mais ce refus était assorti d’une ouverture. Le président de la République accepte que le meeting ait lieu le 29 septembre. Mais comme vous le savez, les Forces Vives n’ont pas accès à la RTG, il était très difficile de donner un message général au gouvernorat de Conakry pour dire aux gens de ne pas venir. Donc les Forces Vives ont décidé de gérer ce meeting en dépit de l’interdiction, de manière pacifique. Donc quand les religieux ont été voir le Président qui leur a fait cette proposition, comme ils savaient maintenant que le meeting a commencé, j’étais chargé d’aller dire aux gens de mettre le maximum de soin à disperser, dans l’ordre, le rassemblement.

Je dois dire une chose ici, de la manière la plus catégorique, les gens sont sortis dans l’ordre du stade. C’est l’intervention des militaires qui a fait qu’ils ont pris la fuite. Mais les gens qui fuyaient les balles n’ont pas le temps d’aller saccager le commissariat de Belle-vue. Il faut quand même être sérieux.

Il y a un élément clé que vous devez savoir. Quand les militants des Forces vives sont allés au stade, le stade était fermé, cadenassé. Deux bus sont venus. Des gens en civils sont descendus du bus, ils ont ouvert le stade. Aussitôt, les gens s’y sont engouffrés. Donc, ils n’ont pas cassé la porte du stade. Mais qui sont ces gens qu’on n’a pas identifiés ? On peut penser sans trop de risque de se tromper que les mêmes gens qui ont ouvert le stade, ont trouvé en leur sein, des braves individus pour aller casser le commissariat de Belle-vue et en imputer la responsabilité aux Forces vives.

Parce que les problèmes des Guinéens sont tellement simples. Mais les gens pensent généralement par les pieds. Vous interdisez une manifestation qui doit avoir lieu le 28. Vous dites que c’est le 29 l’autre dit je n’ai plus les moyens de rattraper la balle,  c’est une affaire de dispersion. On vient avec le micro, on perturbe la réunion. Mais, ça ne justifie pas 87 ou plus de Guinéens morts. J’accepte que c’est une infraction qui est interdite. Mais est-ce que ça justifie qu’on tire sur 87 personnes. A mon avis, entre les exigences de la loi et celles de la morale, je me plie aux exigences de la morale. Parce que la société n’est pas dirigée que par le Code pénal. Il y a aussi la morale, le droit naturel. Quand les militaires sont entrés au stade, ils tiraient horizontalement. J’ai vu des gens tomber sans pouvoir les identifier, parce que j’étais préoccupé par ma propre sécurité.

J’ai vu une de nos militantes peule, je ne veux pas vous dire le nom, parce que ce qu’on lui a fait, je ne voudrais pas que les gens l’indexent dans la rue; on l’a terrassée et un militaire s’est mis à la violer et quand il a fini, un autre qui l’attendait impatiemment, l’a bousculé mais au lieu de la violer, il lui a enfoncé le fusil dans l’organe génital… Ça, ce n’est pas bien. Parce que je suis un conservateur… On ne doit pas commettre des actes infâmes quand on porte l’uniforme militaire. C’est sacré. Les militaires sont des hommes et des femmes auxquels le corps de la nation donne l’autorisation de tuer l’ennemi de la patrie… On ne doit pas utiliser son fusil pour commettre des crimes infamants, odieux que de porter atteinte à l’intégrité de la femme par où elle donne la vie.

 

 

 

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