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Écrit par Propos transcrits par Souana Doré et Mamadou Siré Diallo
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Lundi, 19 Octobre 2009 15:01 |
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Témoignage d’un béret rouge du BATA
"Je confirme qu'il y a eu des viols, des tirs à balles réelles…"
Un béret rouge du BATA (Bataillon autonome des troupes aéroportées ) qui dit avoir participé à la répression sanglante du 28 septembre, a témoigné sous l'anonymat, sur les ondes de nos confrères de RFI (Radio France internationale). Voici in extenso ce témoignage:
RFI: Vous étiez parmi les soldats qui ont réprimé la manifestation du 28 septembre?
Le béret rouge : Effectivement,! Je fais partie de ceux qui ont réprimé cette manifestation au stade du 28 septembre, ce lundi. Oui!
Je vais d'abord vous demander, si toutes les informations qu'on a diffusées ces derniers jours, c'est-à-dire tous les témoignages qu'on a eus, font état de tirs à balles réelles sur les populations et de viols de femmes. Est-ce que vous avez vu ça de vos propres yeux? Est-ce que vos collègues du BATA ont commis ces actions?
Je confirme monsieur, qu'il y a eu des viols et des tirs à balles réelles.
Le matin, quand on vous a envoyé pour empêcher la manifestation de l'opposition au stade, est-ce qu'on vous avait donné des ordres précis ?
On ne pouvait pas recevoir des ordres. C'était de mater les opposants les faire comprendre qu'il y a une seule autorité en Guinée. Franchement, c'est de les donner une leçon. Il y a eu vraiment de morts, on ne pouvait pas compter. Moi, j'avais même des vertiges. Il y a eu plus de 160 ou 180 morts. Franchement, je ne peux pas vous dire il y a combien de cadavres. Et je sais que dans la nuit du lundi, ils nous ont dit d'aller récupéré les corps. On a récupérer environ 37 corps qui ont été enterrés je ne sais pas à quel endroit.
Vous-même, avez participé à cette opération de récupération des corps dans les morgues?
C'est çà!
On vous a obligé à aller récupérer les corps ?
On ne peut pas refuser. Tu refuses, tu es mort. On a reçu des ordres.
Si vous refusez, vous êtes mort. Quand on vous a dit d'aller mater, de donner une leçon à l'opposition, est-ce qu'on vous a donné l'ordre de tuer des opposants, des leaders politiques ?
Non! On ne nous a pas donné l'ordre de tuer des opposants. Mais il fallait leur donner une leçon. Si je dis donner une leçon en terme militaire, vous connaissez ce que ça veut dire.
Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce que ça veut dire précisément ?
C'est aller chicoter normalement, sans les tuer quand même, les démontrer, les corriger, les démontrer, les prouver franchement que le pays est commandé. C'est comme ça qu'on nous a dit.
Beaucoup de témoignages que nous avons recueillis font état de viols massifs et collectifs, d'exactions: comme des viols avec des armes sur les femmes, est-ce que vous avez pu identifier les soldats ou les corps auxquels appartenaient ces soldats qui ont commis ces exactions ?
Ce sont les gens de la garde présidentielle. Puisque les gendarmes étaient un peu en arrière. Et il n'y avait pas que des armes, il y avait aussi des bois monsieur. Au fait, toutes sortes de choses .
Vous me disiez tout à l'heure que vous ne pouviez pas refuser d'aller mater l'opposition, quel est votre sentiment aujourd'hui ?
Depuis le lundi, je ne dors pas. Je n'arrive pas à dormir. Je ne fais que revoir ces images horribles, ces viols, ces tirs à balles réelles à bout portant. Je ne fais que des cauchemars. Je n'arrive pas à dormir. Ce n'est pas la mission du militaire qui tire sur sa population.
Vous l'assumez ?
Ce sont des ordres. Tu le refuses, on t'abat. C'est tuer ou être tué.
Vous même vous avez dû tuer les gens?
C'est très difficile pour moi de répondre à cette question. Je vous dis que c'est tuer ou être tuer.
Les ordres venaient donc de la hiérarchie ?
Franchement, actuellement il n'y a pas actuellement d'hiérarchie dans l'armée. Vous pouvez recevoir d'ordres de tout le monde. Tout le monde donne des ordres. Il n'y a pas une hiérarchie dans l'armée guinéenne, c'est de la pagaille. On dirait que ce sont des milices qui sont organisées. Franchement, c'est de la pagaille. Il faut que la communauté internationale nous vienne en aide! Sinon, j'ai peur pour ce pays.
Est-ce que vous pouvez-nous parler de ce désordre? Comment fonctionne aujourd'hui le BATA où vous êtes un membre intégré? Est-ce qu'il y a eu des recrutements ces derniers temps ? Est-ce qu'il y a des milices à l'intérieur du BATA ?
Oui! Là aussi, je vous confirme qu'il y a des milices à l'intérieur du BATA. Il y a même des miliciens venus du Liberia qui sont actuellement incorporés au sein de l'armée guinéenne, au sein du BATA, sans aucune éducation militaire, sans aucune formation. Mais, c'est des tueurs, ces éléments-là sont des assassins qu'on est en train de recruter, monsieur. Franchement, je suis militaire, mais j'ai peur pour ce pays. Ce n'est pas dans l'optique là que nous avons pris ce pouvoir. Nous avons pris ce pouvoir pour défendre l'intégrité de notre pays. Il faut vraiment faire de notre pays une grande démocratie. Mais ce n'est pas ça qui se passe actuellement dans l'armée guinéenne. C'est vraiment écoeurant! Nous avons peur, franchement! Même nous, les militaires, on a peur. Actuellement, il y a plus de six cent personnes incorporées dans l'armée. Des éléments venus de la Forêt, du Liberia, monsieur. On a peur même des règlements de comptes.
Est-ce que ces nouveaux incorporés et les personnes qu'on recrute aujourd'hui disposent d'armes ? Est-ce que vous avez reçu d'armes neuves ? Est-ce qu'il y a beaucoup d'armes qui arrivent aujourd'hui dans les casernes?
Monsieur, tous les jours, les armes circulent dans nos casernes. Ceux qui sont incorporés ont des armes, ils ont tout: des grenades, des armes, des munitions. On ne prend même pas compte de leur date d'intégration. Il suffit de former des gens et les montrer le chemin de la bataille, c'est tout! Franchement, ils sont là juste pour protéger le pouvoir en place. Protéger les chefs qui commandent, préserver le pouvoir. Ils ne veulent pas quitter le pouvoir. C'est maintenant qu'on voit même, nous, les vrais visages de ces chefs. Mais, nous, on est marginalisé dans l'armée. On a peur! Tu ne peux pas parler. S'il n'y a pas de forces d'intervention, je vous assure que la Guinée va sombrer un jour très proche, dans l'anarchie. Ça viendra de ces mêmes chefs du Camp
Alpha Yaya. Tous les ingrédients sont réunis pour qu'il y ait vraiment un affrontement un jour, très proche au sein du Camp Alpha Yaya.
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Écrit par Bachir Sylla et M. Siré Diallo
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Lundi, 19 Octobre 2009 14:58 |
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Mardi 29 septembre, les Conakrykas n’en reviennent toujours pas. Ils auront été ahuris et choqués par l’ampleur des dégâts de la répression militaire qui s’est abattue sur les militants au Stade du 28 septembre et ses environs, à l’occasion du meeting des Forces vives de la nation contre la candidature d’El Dadis à la présidentielle de janvier 2010. Le nombre de victimes serait de 57 morts pour les autorités, plus de 150 selon l’OGDHC, (Organisation guinéenne de défense des droits humains), qui fait également cas de plus de 1200 blessés. Tous les leaders des Forces vives sont unanimes d’avoir vu des bidasses tirer à balles réelles et à bout portant sur des civils désarmés. Un tour dans les deux grands hôpitaux de Conacris, ce mardi, nous a permis d’avoir une idée sur le nombre de victimes. Sur le registre des urgences du Chu d’Ignace Deen, 28 personnes auront été admises-là dès la journée du lundi 28. Dans les couloirs de l’hôpital, des médecins parlent de 32 blessés par balles, mais seulement 7 étaient encore hospitalisés au moment de notre passage. Nous n’avons pu obtenir les statistiques générales, la Directrice générale étant absente. Mêmes difficultés du côté de l’hôpital Donka où, aux environs de 13 h, ce mardi, toutes les portes de la Direction générale étaient hermétiquement fermées. Pendant ce temps, les blessés se tordaient de douleur dans les différentes salles du service de traumatologie au troisième étage du bâtiment principal. Des élèves pour la plupart, certains affirmaient avoir reçu aucun soin approprié depuis que la Croix-Rouge les y a déposés. L’un d’entre eux nous a brandi un cachet de «Paracétamol 500 mg» qu’on lui aurait donné. Insignifiant pour calmer ses douleurs.
A Ignace Deen, un médecin a révélé que les produits que la Pharmacie centrale de Guinée a servi l’hôpital sont tous périmés.
Les leaders politiques blessés, ont été admis eux dans une clinique privée de Kaloum, via la gendarmerie du PM3. La Petite Cellule Diallo de l’UFDG, qui a eu des côtes cassées, a dû être être évacué ce 1er octobre sur la France via le Sénégal. Les autres ont rejoint leur domicile après les premiers soins. Lapin Doré de l’UPG, blessé à la tête, a reçu ses visiteurs dans une chambrette, au rez-de-chaussée de son domicile pillé la veille. Il leur exhibe sa chemise et son tricot ensanglantés. «C’est tout ce qui reste de mon domicile», raille-t-il, avant d’expliquer que des bérets rouges ont débarqué nuitamment chez lui, pour tout mettre à sac. Il dit n’avoir pas besoin de s’étendre sur les dégâts, car un désordre visible règne dans les différentes pièces de la maison. Même triste décor au domicile de La Petite Cellule Dalein de l’Ufdg, à Dixinn. Selon des témoins, des militaires seraient venus à deux reprises mettre la concession de l’ancien Premier
ministre sens dessus dessous, tirant des rafales sur les voitures qui étaient garées dans la cour. Pas un recoin de la maison n’aura été épargné par les assaillants. Le gardien des lieux n’aurait eu la vie sauve qu’en sautant par-dessus le mur pour se retrouver au bord de la mer.
Chez le Sid de l’Ufr, à la Minière, pareil. «On a pris quatre voitures dans ma cour», explique l’ancien Premier ministre de Fory Coco. Lui aussi avait été blessé à la tête lors de la répression au stade du 28 septembre.
Parmi les rares édifices publics qui ont fait les frais de la manif du 28 septembre, le commissariat de Police de Belle-vue, dans la commune de Dixinn. Là, tout a été incendié.
Selon les autorités, ce sont les manifestants des Forces ivres qui sont passés par là. Ils y auraient pris armes et munitions qu’ils ont embarquées dans une voiture trouvée sur place et qui a été incendiée non loin du rond-point d’à côté. Les autorités soutiennent mordicus que ce sont les armes dérobées dans l’enceinte du commissariat qui auront été utilisées au stade. Un argument fallacieux, pensent beaucoup de citoyens. D’autant qu’on a dénombré aucun mort ce 28 septembre parmi les bérets rouges et autres militaires.
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Écrit par Kounkou Mara
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Lundi, 19 Octobre 2009 14:53 |
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«Kaloum veut que Dadis quitte pour que triomphe la démocratie !» «A bas le pouvoir militaire !», voilà ce qu'on pouvait lire sur les pancartes des centaines de manifestants dans la presqu'île de Kaloum, qui scandaient : «A bas Dadis, nous sommes fatigués des discours bidons !» Partis du Boulevard Diallo Telli, ce 28 septembre, pour le stade du même nom, lieu indiqué par les Forces Vives (Partis politiques, société civile et syndicale) pour leur meeting, ces jeunes manifestants ont été dispersés par des bérets rouges au pont 8 novembre qui relie la commune de Kaloum au reste de la capitale. Mais ils ne démordent point. «On nous a dispersés au Pont 8 novembre, mais nous allons continuer à notre façon le mouvement déclenché par les forces vives à Kaloum. Dadis saura que Kaloum n'est pas avec lui. On refuse qu'on nous trompe avec quelques billets de francs guinéens ou des sacs de riz. Nous voulons finir avec la dictature militaire dans ce pays» confie un manifestant «Si on nous donne le riz, on va prendre, puisque c'est l'argent du pays qu'ils prennent pour acheter du riz et nous donner. Mais notre décision reste la même : Dadis doit quitter le pouvoir, c'est pas l'homme qu’il nous faut» renchérit un autre. Pour Kémo, un diplômé sans emplois «Le pouvoir pense que quand les jeunes manifestent contre Dadis c'est puisque nous sommes manipulés par les partis politiques. Personne ne me manipule, moi. Je vois les choses claires, je sais que mon pays ne mérite pas ce qu'il est en train de vivre aujourd'hui. Que Dadis parte, c'est tout ce que nous voulons !» Ces avis résument ceux de la plupart des grognards de Kaloum.
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Écrit par Abou Bakr
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Lundi, 19 Octobre 2009 14:49 |
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Partis de chez Lapin Doré de l’UPG, les leaders des Forces Vives ont eu un moment de causerie avec Cdt Tiégboro-bara juste à quelque mètre du portail secondaire de l’Université Galère Abdel Nasser. Cdt Tiégboro-bara de dire : «Il faut rester dans l’esprit du président qui ne veut pas la violence. Une journée déjà décrétée fériée, dans le cadre d’une journée nationale, on ne doit pas blaguer avec cela, si on est patriote. Moi, je pense que la jeunesse a compris. Je vous demande de rebrousser chemin et de repartir à la maison». Le Sid de l’UFR rétorque : «Personne n’est armé ici, personne n’a un bâton. Il s’agit d’aller là-bas sur l’esplanade. Nous dirons ce que nous aussi nous pensons de la situation en Guinée. Et puis après, les gens s’en iront chez eux. Alors, je ne vois pas pourquoi il faut déployer».
Cdt Tiegboro-bara le stope : «Quand le président vous a appelé, qu’est-ce qu’il a dit ?».
Réponse du Sid : «Il a dit qu’il souhaiterait que ça soit annulé, mais cela s’est passé à 1h du matin».
Cdt Tiégboro-bara : «Ce qui est sûr, il vous a parlé, vous a dit mon frère, je vous respecte, acceptons qu’on reporte cela, qu’on ne donne pas une connotation à cette fête nationale de tous les guinéens. C’est une autorité de l’Etat qui a décrété la journée fériée. Le 2 octobre ne se fêtait plus si ce n’est pas le cinquantenaire…» Brouhaha des militants derrière, Cdt Tiégboro-bara se fâche et menace : «Je parle avec vos responsables. Celui qui parle, je lui rentre dedans ! Moi, je parle aux leaders. Je parle aux grands frères, les autres, celui qui bronche, je te prends !».
Tiegboro-bara se tourne vers La Petite Cellule Dalein de l’UFDG : «On s’est toujours croisé chez le patron, nous sommes dans un cadre idéal, dans le cadre de développer le pays, sans effusion de sang. Il faut qu’on se respecte. En tout de tout cela, pour que l’autorité de l’Etat soit respectée. Parce que demain, après les élections, cela peut se retourner contre vous ”. Cdt Tiegboro-bara fait face au Moutard des NFD (Nouvelles Forces Démocratiques) «Hier, on était ensemble, non ? Je t’ai protégé jusqu’à ce que tu aies débarqué. Parce que la Démocratie, c’est tout cela ! Mais, si le président de la République vous appelle, considérant que vous êtes le plus âgé, parce qu’on ne pouvait pas parler à tout le monde, afin que vous parliez aux autres pour que vous reportiez et que demain le mouvement pourra avoir lieu, vous devez comprendre. Mais si par-dessus le marché, vous mettez un petit groupe devant vous, c’est pour dire que vous ne voulez pas respecter».
Le Sid répond «l’autorité de l’Etat veut aussi dire qu’on marche de façon pacifique».
La Petite Cellule Dalein «Ce qu’on vous reproche, il y a beaucoup de guinéens qui s’expriment à la télévision, dans les stades, au Palais du peuple pour dire leur opinion. Ceux qui ont une opinion contraire au nom de la liberté d’expression, de l’équité, vous leur refusez. Lorsque l’autre partie veut s’exprimer, laissez-là s’exprimer aussi. Cette journée a été déclarée chômée payée lorsqu’on a parlé de notre manifestation ”.
Cdt Tiegboro-bara s’énerve un tantinet «Vous pensez qu’on a peur de cela ? Il ne faut pas dire qu’il a fallu qu’on
annonce. Il faut respecter les gens». Le Moutard des NFD réplique «les Guinéens veulent exprimer leur volonté, leur souhait».
La causette vire au tohu-bohu.
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