Jean-Marie Doré: "Il n’y pas une mesure pour désigner les ministres. Mais cela va prendre du temps" PDF  | Imp |  Envoyer
Écrit par Jean-Marie Doré   
Jeudi, 04 Février 2010 19:46

«Il n’y pas une mesure pour désigner les ministres. Mais cela va prendre du temps,»a dit Jean-Marie Doré

Le 2 février, le Premier ministre, Jean-Marie Doré a tenu sa toute première conférence de presse à la Primature. Il voulait essentiellement parler du retard des salaires des agents de la fonction publique et de la crise du carburant. Mais les confrères ont saisi l’occasion pour aborder d’autres sujets non moins importants. Notamment celui relatif à la nomination des membres de son Gouvernement qui se fait encore attendre après une semaine de sa prise de fonctions. Voici en intégralité ce qu’a dit M. Jean-Marie Doré.

En guise d’introduction, il a dit: Je vous ai prié de vous rencontrer, pour vous informer que nous avions réuni un certain nombre de personnalités du monde de l’économie et du social, pour faire une évaluation au moment où le gouvernement va être formé, la situation générale de notre pays et des affaires. Ça a été une rencontre intéressante qui a révélé qu’il y a beaucoup de problèmes qui se sont accumulés sans solutions ou certaines des solutions avaient été trouvées, mais elles n’ont pas été appliquées. Entre autres, le problème de salaire des fonctionnaires, le carburant, donc des domaines sensibles à la vie des citoyens. Donc on a fait des consultations et les résultats laissent augurer qu’on y trouvera rapidement les solutions appropriées pour que, petit à petit, la vie de notre pays reprenne à un rythme acceptable à tous les niveaux, bien que la mission fondamentale de notre gouvernement en formation soit, comme je l’ai annoncé lors de la passation de service, d’organiser des élections légales, transparentes et crédibles. Puis, avec l’appui des populations, des cadres et de la communauté internationale, aider le chef de l’État, le Général Sékouba Konaté à restructurer l’armée guinéenne pour en faire une armée républicaine, respectueuse des institutions sur la base desquelles, est bâtie la République. Voilà, les raisons pour lesquelles nous avons organisé cette rencontre qui va être conclue aujourd’hui ou demain. Cela dit, je m’arrête là et vous prie de me poser les questions que vous inspire cette rencontre et les autres; si j’ai la réponse, je vous la donne; sinon on cherche ensemble. Je ne peux répondre que si je peux…

 

Est-ce que le prix du carburant à la pompe va augmenter?

On est en train d’étudier l’état des prix actuellement. Parce que avant d’augmenter ou de baisser, il faut savoir ce que vaut le marché. Et c’est de cette étude que va résulter la réponse à votre question. Il ne faut pas anticiper. J’ai laissé une commission en place composée des experts, des syndicats pour évaluer. C’est seulement après le résultat des travaux de cette commission qui doit rendre rapidement ses conclusions, qu’on va décider s’il faut maintenir les prix en l’état ou s’il faut les augmenter…

Vous avez été nommé, il y a quelques jours. Mais jusqu’à présent, le Gouvernement  n’est pas formé. Qu’en est-il réellement?

Je vais vous renvoyer à un principe. Quand un parti politique gagne les élections et qu’il forme le gouvernement, ça va être très vite. Parce que ça dépend de la volonté du seul parti. Les Forces vives m’ont proposé pour être nommé Premier ministre. Le Général Sékouba Konaté m’a dit qu’il s’agit de former un Gouvernement d’union nationale. Le Gouvernement d’union nationale prend  dans les Forces vives, en dehors des Forces vives et parfois loin des Forces vives. Donc, il n’y a pas une mesure pour désigner les ministres. D’où le temps que ça prend. Parce que tous ces gens vont participer au gouvernement, soit physiquement, soit en apportant leur appui au Gouvernement. Vous comprenez que ça ne peut pas aller aussi vite que si c’est l’UPG qui avait gagné les élections et qui était chargé de former le Gouvernement. Donc vous comprendrez pour consulter toutes les couches sociales afin de prendre un représentant et de ramener au Gouvernement, ça prend du temps. Vous savez les gens amènent leurs CV en quantité, il faut des commissions d’évaluation de CV pour savoir si ce qui est dans le CV est vrai et puis comparer le CV par rapport au poste. Ça prend du temps, si on veut faire un Gouvernement sérieux. Voilà!

Etes-vous tenu à un équilibrage entre les candidatures des militaires et celles des autres partis de l’opposition?

Il n’y a pas ça. Les accords de Ouaga disent de prendre des éléments du Cndd, des éléments civils qui gravitaient au tour du Cndd et de prendre également dans les structures sociales, économiques et politiques du pays. Donc, il y a tous ces facteurs qui agissent. Pour les membres du Cndd, vous connaissez la norme. Toute personne impliquée dans les événements tragiques du 28 septembre 2009, quelque soit son rang, ne devrait pas faire partie du Gouvernement, selon l’exigence de la communauté internationale et même des populations guinéennes.

Mais qu’est-ce qui prime en la matière? Est-ce le rapport d’enquête des Nations-Unies ou celui  de la Commission nationale indépendante?

L’ensemble de tous ces facteurs jouent pour prendre des ministres qui n’ont rien à se reprocher par rapport à la morale publique.

Peut-on avoir une idée du nombre de ministres qui va constituer votre équipe?

Comme c’est un Gouvernement d’efficacité, le nombre n’est pas prédéterminé. C’est en fonction des compétences et des tâches à exécuter, qu’on prendra; mais sans tomber dans l’excès. On prendra ce qui est utile pour la période de la transition et faire face, avec efficacité, aux exigences de notre Gouvernement. Parce qu’il faut non seulement liquider les affaires courantes pour maintenir l’État, mais aussi organiser les élections et restructurer l’armée.

Les accords de Ouaga disaient que le Premier ministre de la transition ne devrait pas prendre part aux élections présidentielles. Mais des rumeurs font état que l’UPG, votre parti voudrait présenter son candidat. Qu’en dîtes-vous?

Est-ce que vous avez le texte des accords de Ouaga avec vous? Bon il n’y a pas d’autres questions…

Les six mois retenus pour la durée de la transition, vous sont-ils suffisants pour organiser des élections transparentes?

Les six mois sont une projection. Personne n’a pris un décamètre pour mesurer dans l’espace. Vous le verrez, c’est le terrain qui commande. Certaines projections ont estimé qu’on peut terminer le recensement en quinze jours. Le temps montrera si ce n’est pas en dix jours qu’il faut faire, ou en deux mois. Donc un chronogramme, c’est une estimation. Ce n’est point une mesure exacte, mathématique. Vous comprenez? C’est le terrain qui commande. Vous envoyez quelqu’un à Mandiana pour une tâche dont dépend l’établissement final de la liste électorale. Vous estimez qu’il peut aller et revenir le lendemain, puis il reste dix jours. Qu’est-ce que vous allez faire contre ça, ce sont les faits. On gouverne avec les faits.

Est-ce qu’après la transition, vous allez vous présenter comme candidat aux prochaines élections présidentielles?

Si vous, vous êtes candidats? Pour le moment, je m’occupe d’organiser les élections qui auront lieu dans six mois, si le temps nous est donné.

Des informations diffusées par une certaine presse, font état de l’imposition par le Président par intérim de certaines personnalités…

Jamais! Je vous le dis catégoriquement que le Général Sékouba Konaté n’impose personne. Le Général Sékouba Konaté a défini trois critères pour faire partie du Gouvernement. Il faut être compétent, ne pas être sous sanctions de la communauté internationale et puis à partir de là, tenir compte de l’équilibre intérieur. C’est-à-dire, il ne faut pas que tous les ministres soient toujours des Koivogui, Guilavogui. Parce que la Guinée, n’a pas besoin de ça. Ou bien que sur 25 ministres, il y ait 24 Kaba. Ça ne peut pas aller. Donc il faut qu’on marche vers l’unité nationale, elle n’est pas encore réalisée. Chaque fois que vous voulez former un Gouvernement, vous voulez meubler une administration, tout en veillant aux critères de compétence et d’expérience, vous devez veiller à ce que toute la Guinée se reconnaisse dans l’équipe que vous formez.

Est-ce que vous êtes prêt à prendre Mme Rabiatou Sérah Diallo au MATAP?

Est-ce que la formation d’un Gouvernement est fonction d’un individu? Le MATAP est un élément qui compose le Gouvernement. Je ne sais pas pourquoi vous vous intéressez particulièrement au MATAP. Il y a les Affaires étrangères, la Défense, les Finances…

Il n’y a aucun blocage?

Il n’y a aucun blocage!

Monsieur le Premier ministre, jusqu’à quand on peut attendre votre Gouvernement?

Il y a qui mettent deux mois pour former leur Gouvernement. Moi j’ai un Gouvernement d’union nationale à composer avec des éléments disparates, composites et vous voulez que j’aille plus vite que celui qui a gagné les élections, qui a les mêmes éléments idéologiquement unis, dans le même parti. Donc, si vous voulez un bon gouvernement, ne limitez pas dans le temps. Parce qu’en ce moment on va vous rendre un plat indigeste.

Pourtant vous étiez l’un de ceux qui suggéraient aux anciens Premiers ministres d’accélérer la formation de leurs équipes

Je n’ai jamais dit d’accélérer! Lisez tous les journaux qui ont été écrits! Je n’ai jamais demandé qu’on accélère, j’ai toujours dit de choisir de bons ministres.

Peut-on s’attendre à d’anciens ministres dans votre Gouvernement?

Écoutez! Certaines des populations disent de ne pas prendre des anciens ministres. Mais si un ancien a une compétence avérée, qui peut être utile à la Guinée, je ne vois pas pourquoi on va le jeter en pâture.

On s’attend à un éventuel retour de M. Ousmane Doré, ancien ministre des Finances?

Si c’est vous qui le recrutez, moi je ne sais pas.

Est-ce que vous avez lu les résultats de la Commission nationale d’enquête?

(…) Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai passé devant la Commission nationale d’enquête; j’ai dit là-bas ce que je savais…

Qu’en est-il des postes de vice-premier ministre?

Vous voulez être vice-premier ministre…

En tant que Premier ministre, est-ce que vous vous sentez obligé de respecter les accords de Ouaga entre capitaine Moussa Dadis Camara, le Général Sékouba Konaté et Blaise Compaoré?

Vous les avez lus?

Je les ai parcourus… (déclare le journaliste).

Résumez-nous ce que vous en avez retenu! demande Jean-Marie Doré.

Le Premier ministre qui doit conduire la transition ne doit pas se présenter aux élections…

C’est tout ce que vous avez retenu? s’interroge le PM.

C’est ce qui m’intéresse le plus… dit le journaliste.

Donc vous voulez être candidat aux élections présidentielles? Lui demande le Premier ministre

Etes-vous prêt à rendre le tablier au cas où vous serez confronté à des difficultés dans vos fonctions de Premier ministre?

Si vous étiez des Forces vives, vous auriez la réponse à ça. Vous comprenez? Vous savez, je suis quelqu’un qui se respecte. Gouverner, c’est faire le possible. Si vous êtes dans l’impossibilité de gouverner, je ne vois pas ce que vous allez faire là-bas, à moins qu’on ne vous foute à la porte. Ce n’est pas un mérite particulier de démissionner. Le fait de démission n’est pas un mérite en soi. Mais ce sont les événements qui vous obligent à démissionner…

Le rapport de la Commission nationale d’enquête sur les massacres au stade a été rendu public ce matin. Il préconise une amnistie générale pour les politiques et une inculpation pour Toumba et ses hommes. Vous trouvez ça normal?

Je n’ai pas lu le rapport en entier…

Mais du fait qu’il y ait une amnistie recommandée…

Mais une amnistie est décrétée par la loi ou par une ordonnance. C’est une recommandation, ce n’est pas un texte contraignant. Si on recommande, qu’est-ce que vous voulez,

Est-ce que vous-même, vous pensez que Toumba est le seul responsable de ce qui est arrivé au stade du 28 septembre de Conakry en 2009?

Je ne suis pas là pour porter un jugement de valeur sur ces événements. Je suis là pour les faits sociaux qui créent des goulots d’étranglement à l’évolution normale de la vie de notre pays et nous avons abordé l’étude de ces problèmes-là ce matin, et c’est ce que je suis venu dire à la presse. Je vais la réinviter ici, lorsque j’aurai un rapport de la commission. Cette question ne fait pas partie des sujets qu’on a abordés ce matin.

Parmi vos partenaires, les Forces vives, beaucoup commencent à s’inquiéter aujourd’hui et se disent que vous faîtes cavalier seul…

Qui vous a dit ça? Il n’y a pas deux cavaliers sur le cheval de la Primature. Celui qui vous a dit ça, vous avez causé en aparté et c’est votre affaire. Aucun élément des Forces vives ne vous a dit ça. Je suis membre des Forces vives, s’il y a une critique officielle, on la porte à ma connaissance. Donc, ce que vous dîtes, ne cadre pas avec la réalité du fonctionnement des Forces vives. personne n’a dit ça !

Est-ce vrai que vous avez communiqué avec Capitaine Dadis après votre nomination?

Oui! il m’a téléphoné.

Qu’est-ce que vous vous êtes dit?

Allô!, Bonjour, Bonjour, comment ça va, je suis en bonne santé.

Est-ce que vous comptez lui rendre visite à Ouaga?

Si je m’en vais là-bas. Il est un Guinéen. Si vous étiez à Ouaga ou Dakar, je vais là-bas, je vous vois, je vous salue. Jusqu’à nouvel ordre, Dadis est un citoyen Guinéen.

Propos transcrits par M. Siré Diallo

 

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