On s’est demandé si M. Blaise Compaoré n’est pas en train de se porter en véritable parrain du CNDD PDF  | Imp |  Envoyer
Écrit par Abou Bakr et Thierno Hassan Diallo   
Mercredi, 06 Janvier 2010 20:28
«On s’est demandé si M. Blaise Compaoré n’est pas en train de se porter en véritable parrain du CNDD» a déclaré M. Mamadou Bah Baadikko, président de l’UFD qui nous a rendu visite le lundi 28 décembre, pour faire le point de la situation politique actuelle dans notre pays.

 

:Les gens ne manquent pas de doute sur la médiation. Qu’en dites-vous ?

 

M. Mamadou Bah Baadikko : Dans vos colonnes, nous avons eu au départ à noter la bonne disponibilité du médiateur qui a été choisi par la CEDEAO. Ce n’est pas nous qui l’avons choisi et lui-même avait dit qu’il n’en n’a pas fait la demande. Lorsque nous avons eu le premier accord politique global du dialogue inter guinéen, nous n’avons pas manqué de faire un courrier au médiateur pour nous étonner que ce projet faisait la part belle au CNDD. Et qu’il offrait au CNDD plus que celui-ci réclamait. Nous n’avons pas manqué de dire à la CEDEAO l’étonnement que nous inspirait ce projet. Nous nous sommes posés la question sur son impartialité dans la médiation. Nous avons fait part à la CEDEAO de notre étonnement sur les relations entre lui et une des parties en conflit, c’est-à-dire le CNDD. Certains parmi nous se sont demandés si le médiateur n’est pas en train de se porter en véritable parrain du CNDD. Et aujourd’hui la question reste valable.

 

Malgré la médiation, il semble qu’il y a un blocage. Quelle lecture faites-vous aujourd’hui de la situation politique dans le pays ?

 

A notre sens, c’est une situation qui est pleine de dangers pour l’avenir du pays. Si vous vous souvenez, les dernières années du règne du dictateur qu’était Lansana Conté étaient caractérisées par un véritable vide politique dû au fait que le dictateur était malade et impotent. Le pays n’a jamais autant souffert qu’à cette époque. Ce vide politique a permis à des mafieux non identifiés qui n’avaient absolument aucun titre légal de diriger ce pays, de le faire. Les plus grands crimes politiques et économiques ont été commis pendant ce temps. La crise économique s’est approfondie, la misère de la population s’est aggravée.

Justement nous parlons d’une population qui n’a connu que la misère. Les trafics de drogue et de faux papiers ont explosé. L’Etat a été transformé en Etat mafieux, en narco-Etat. Tout ceci étant dû au vide politique que laissait Lansana Conté agonisant. Et le pays a agonisé effectivement avec lui. Un vide politique qui se prolonge ne sera pas bon pour le pays qui a trop souffert. Cependant, on parle d’un intérim du CNDD mais il n’y a pas de décisions concrètes pour la sortie de crise politique. C’est comme si on liait le pays au sort du chef de la junte qui est dans son lit d’hôpital à Rabat. Alors que personne ne donne une information fiable le concernant. Cette situation interpelle tout le monde. Pour nous, il faut absolument continuer dans la dynamique de la médiation sous l’autorité de la communauté internationale par le médiateur burkinabé. Les solutions à trouver, s’il faut qu’elles soient utiles pour l’avenir démocratique du pays, ne peuvent pas se faire entre des copains. Nous craignons la répétition de ce que nous avons connu à Conakry avec la junte depuis janvier 2009, des groupes qui ont fait la pluie et le beau temps dans l’ancien régime se sont arrangés pour infiltrer le CNDD, à l’étrangler et à le détourner de tous ses engagements initiaux. Aujourd’hui, c’est le même groupe qui veut reconduire le système précédent, rejeté par la population. Ils continuent à s’agiter dans l’ombre. La solution à tout ceci est que le processus de Ouaga continue. Je vous dit que ce processus se passait de manière très sérieuse, transparente et permettait d’aller à des véritables accords avalisés par toute la classe politique guinéenne et soutenus par la communauté internationale.

 

Quel avenir politique pour le capitaine Dadis alité au Maroc  ?

 

Dès le départ du dialogue inter-guinéen, les forces vives avaient posé le principe de l’effacement du CNDD et de son chef, dans la conduite de la transition. Notre position n’a pas varié et plus sérieusement, il n’est même pas disponible aujourd’hui. De toute façon, sa maladie ne doit pas influencer la poursuite éventuelle de la médiation pour l’avenir démocratique de la Guinée.

 

Le 23 décembre nous avons écouté le discours du numéro deux de la junte qui assure l’intérim. Pour beaucoup, ce discours tourne la page Dadis. Est-ce que c’est votre avis ?

 

Ce n’était pas un véritable discours à la Nation indiquant tous les objectifs politiques de l’intérimaire. Le seul élément qu’on peut apprécier, c’est la reconnaissance que le rôle de l’armée n’est pas de rester au pouvoir. C’est d’assurer la protection du pays, ses frontières, la République, ses institutions, la population et ses biens. A cet égard, la déclaration est tout à fait nouvelle. Nous la saluons dans la mesure où il y aura des faits. Malheureusement, nous sommes dans une situation qui dure déjà depuis des dizaines d’années. L’armée est au pouvoir depuis 1984, nous avons été habitués à beaucoup de discours que nous applaudissons sans réserve. Mais, cette fois-ci, il faut passer aux actes. Moi, j’irai plus loin en disant que ce que nous attendons de l’intérimaire ce n’est pas que cela. Nous voulons un changement de comportement des Forces de défense et de sécurité par rapport au respect des droits humains. Il faut dire que depuis le 3 décembre, il y a eu énormément de violations des droits humain. On a arrêté plein de doyens dans les quartiers au motif qu’ils sont proches de Toumba. Dernièrement, on a eu une vieille maman qui a été sévèrement maltraitée de retour de la Mecque. Parce qu’on l’avait confondue avec la maman de Toumba. Pour nous, même si c’était sa maman, il n’y a aucune raison de punir une mère pour des actes répréhensibles de son fils.

Aussi, on se serait attendu à ce que tous les détenus politiques qui continuent à croupir dans les geôles, parfois non identifiés, soient libérés. Ce qui aurait été un meilleur signal par rapport au respect des droits de l’homme. Qu’on certifie que les forces de sécurité vont cesser de maltraiter les gens comme ils le font systématiquement dès qu’ils sont en face d’une personne qui serait un adversaire de la junte. Enfin, donner une impulsion nouvelle aux discussions avec la médiation, de manière à ce qu’on débloque rapidement la situation politique. La solution doit donc être trouvée de manière consensuelle et transparente et non pas de faire des arrangements qui ne garantiront pas une bonne fin de la transition. Il faut que le processus enclenché à Ouaga puisse continuer. C’est ce que nous attendions, c’est ce que nous attendons toujours de l’intérimaire que nous jugerons à ses actes, même si nous sommes heureux des proclamations qu’il fait du rôle de l’armée.

 

On parle de plus en plus de la formation d’un gouvernement d’union nationale qui devrait être ouvert à l’opposition. Si on vous faisait appel, allez vous acceptez ?

 

En ce qui concerne notre participation à n’importe quel gouvernement, nous avons des principes. Premier principe, nous ne sommes pas prêt à prêter notre concours à un gouvernement dont nous ignorons le programme. Il faut que nous ayons un véritable programme de gouvernement et des engagements précis. Puisque nous ne voulons pas être dans un gouvernement d’union nationale avec des prédateurs et des corrompus et qu’ en échange, on nous demande d’accepter la solidarité gouvernementale. Nous sommes prêt à faire des concessions. Nous avons un esprit de compromis, mais cet esprit n’ira pas jusqu’à accepter d’entrer sans conditions dans un gouvernement établi sur les bases que nous ne connaissons pas. Mais aussi, nous disons que la façon la plus transparente de mettre en place un gouvernement d’union nationale, c’est d’avoir un accord politique global inter guinéen qui sera garanti aussi bien par l’opinion nationale qui en aura connaissance que la communauté internationale qui est entrain de nous aider pour trouver une solution à la crise. Nous ne sommes pas du tout prêt à entrer dans des combinaisons, à escamoter le processus qui est déjà enclenché pour mettre en place des organes qui ne seront pas des moyens de réinstaller au pouvoir les gens du passé.

 

Les déclarations et contre déclarations montrent qu’il y a toujours une cacophonie au sein du gouvernement ?

 

Nous ne sommes jamais entrés dans la gestion des querelles éventuelles entre les clans de l’armée. Ce que nous disons, ce que nous répétons, c’est que la seule chance de salut pour le général Sékouba Konaté et le Capitaine Claude Pivi, c’est d’arriver à une véritable solution à la crise politique guinéenne et de se remettre sur les rails du consensus et de la démocratie,  faute de quoi, ce sont les affrontements fratricides qui vont continuer et c’est la logique de la prise du pouvoir et sa conservation par la force. Ni l’un ni l’autre ne peut y échapper puisque, c’est une logique de ce type de système où tout se règle par les armes. Vous vous rappelez l’histoire du CMRN et toutes les purges sanglantes qu’on a connues, les affres du 4 juillet 1985, lorsque des centaines des guinéens sont morts dans le cadre de la lutte pour le pouvoir entre le Général Lansana Conté et sont adjoint le Colonel Diarra Traoré. Vous avez vus toutes les mutineries auxquelles nous avons assistées et vous avez maintenant tous les événement depuis 2009 où des centaines de militaires ont été arrêtés et tués par leurs camarades dans le cadre de la lutte pour le pouvoir . Et les évènements malheureux du 3 décembre sont là pour rappeler que c’est une logique de système, il ne peuvent pas y échapper. Il y a déjà assez de sang de guinéens versé. Il faut qu’on sorte de cette crise et qu’on se mette sur la voie de la concorde et de la démocratie pour un avenir meilleur pour tout le peuple de Guinée.

 

D’aucuns disent que la page Dadis est complètement tournée ?

 

Je suis désolé, je ne suis pas un divin.S’il ne s’agit pas d’une analyse politique, je dis simplement que les conditions aujourd’hui ne sont plus les même que celles du 23 décembre 2008. Aujourd’hui, nous avons une situation nouvelle où la communauté internationale s’est énormément investie dans tout ce qui se passe en Guinée.

Nous avons de nos jours la Cour pénale internationale qui s’intéresse de très près à pas mal de ressortissants guinéens et nous sommes convaincus que cette situation va emmener des gens devant la Cour Pénale internationale. Nous ne savons pas s’il en fera partie ou non. Nous ne sommes pas des juges de cette Cour. C’est une instance internationale. Mais à mon sens, quelqu’un qui a déjà des problèmes graves de santé et des risques judiciaires comme lui, son premier souci ne devrait pas être le pouvoir.

 

Propos recueillis par Abou Bakr et Thierno Hassane Diallo

 

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