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Silence, on se réconcilie ! PDF  | Imp |  Envoyer
Écrit par Diallo Souleymane   
Jeudi, 24 Septembre 2009 18:00

Les médias guinéens se sont carrément fâchés à la suite de la décision du Conseil National de la Communication d’interdire “ jusqu’à nouvel ordre, des sujets politiques dans tout type d’émissions interactives et ce, dans toutes les langues”.

Heureusement que la passe d’armes n’a duré que le temps d’une mobilisation. Comme il l’avait fait lui-même chez les avocats, El Dadis a demandé, que dis-je, a ordonné une réconciliation. Son ministre de la communication, le P’tit bout Cas-Marrant, n’a pas eu beaucoup de peine à réunir au Ministère de la jeunesse, scribouillards, radoteurs et le Conseil National de la Censure pour sceller les retrouvailles. On s’est parlé. On s’est serré la main. On s’est réconcilié. Comme les émissions interactives n’ont pas cessé de se produire, on a promis de leur affecter une dose supplémentaire de responsabilité. On a frôlé ainsi, non pas la catastrophe, mais La Palice, puisqu’il ne saurait y avoir de liberté sans responsabilité. Le chapitre des querelles a été fermé. Il ne manque plus que…le reste. Ou les restes. Et ils sont nombreux. Au premier desquels, l’argent. Naturellement.

On pourrait, pour la seconde fois, évoquer La Palice en affirmant que l’argent pose problème aux médias guinéens. Que cet argent-là soit à partager ou à produire ne change rien à la situation. Si El Dadis veut connaître le baromètre, le niveau de maturité de nos médias, qu’il nous refile encore un petit ou un demi-milliard de francs glissants et nous, attendre au partage. Il verra comment le fric se partage entre pauvres confrères. Les passions et les rancœurs seront telles qu’il lui est difficile de ne pas nous assimiler au…4ème pourboire. C’est pénible, mais c’est cela.

L’autre face cachée des problèmes des médias, c’est la pitance quotidienne. Comment avec l’argent gagné à la sueur de ses… crocs. Seul cet argent-là nous permettra de décider du sort de notre ligne éditoriale, de faire de nos rédactions, des rédactions, des entités qui décident. Sans se dédire. Sans se décimer. Mais comment le faire dans une culture de la main tendue ? Comment “ résister ” aux aides multiples, suivis de pièges eux-aussi multiples ?

Les problèmes des médias guinéens relèvent surtout de la consolidation de la liberté de la presse. De l’enracinement indispensable de la culture médiatique et démocratique dans nos mœurs. Du niveau de compréhension que le public a quotidien des hommes et des femmes des médias. Comment valoriser la carte de presse dans une société qui tend à perdre jusqu’aux premières  les plus élémentaires se fondent sur le “ net à payer ” pour prétendre continuer à apporter leur pierre à l’édifice culturel qui sous-tend leur existence ?

Les enjeux auxquels les médias publics et privés guinéens font face vont au-delà de leur divergence ou de leur réconciliation avec le CNC. Ces enjeux ont pour nom la responsabilité, le courage de dire non à quiconque tente de nous “ indiquer ” le chemin à suivre. Celui-là même que Louis Aragon avait dénoncé dans son célèbre poème, “des hommes verts et les vautours ” que vous connaissez. Le problème de la presse guinéenne, c’est de faire de la carte de presse, non pas une carte, mais une référence, un document, un monument qui impose respect et considération. Mais l’on ne peut y arriver que si les médias inversent la tendance actuelle qui veut que tout soit calculable, payable, comestible. Pour obliger une carte de presse à grandir dans un environnement qui rétrécit à vue d’œil et en tous points de vue, il faudra plus qu’une réconciliation.

 

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