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Écrit par Diallo Souleymane   
Jeudi, 10 Septembre 2009 13:25

Le texte était bref. Le lieu de publication, symbolique. La date, fatidique. La signature, cynique. L’objectif, maléfique. Le voici, ce texte : le CNC…décide de l’interdiction d’évoquer, jusqu’à nouvel ordre, des sujets politiques dans tout type d’émissions interactives et ce, dans toutes les langues.

 

C’est par cette phrase aussi limpide qu’insipide que M. Jean-Raymond Soumah, le Président du Conseil National de la Communication, a voulu museler les radios privées en République de Guinée. Et de sa main, anéantir les efforts de toute une génération pour assurer à tout un peuple le droit d’exprimer à haute voix ce que cinquante ans de dictature l’a obligé à dire tout bas. Car, ne vous leurrez point, la liberté d’expression n’est qu’un segment de la liberté tout court.

Entre la Radio-Banane des planteurs colons des années 40 et Radio-Guinée du nationalisme bouillonnant des années 50, la nature des émissions avait changé du tout au tout. Mais, la naissance de la Voix de la Révolution en 1961 avait consacré la confiscation de la liberté de parole au profit du seul Responsable Suprême. Le reste du peuple, de l’Etat et de la Nation ne pouvait  plus relever que de la classe des hauts et des beaux hauts parleurs. Arrive l’accalmie du 3 avril 1984. La liberté revient au galop, dans un paysage où, malheureusement, les médias n’avaient plus de culot. «A vous la parole» pour meubler les 7 ans de no man’s land que le pays a vécus jusqu’à la promulgation des lois organiques 005 et 006/CTRN du 23 décembre 1991. Qui auront permis à la presse privée d’exister. Au CNC, d’accompagner. A Jean-Raymond Soumah, de signer. Non de tuer. Nous devons résister.

Avec une ligne et demie savamment composées, M. le Président du CNC tente de faire d’un instrument juridique un conseil national de censure. Il indique à toutes les radios privées, une ligne, la ligne à suivre. Il leur montre comment il faut conduire une émission inter active. Il interdit de parler politique. Dans toutes les langues, précise-t-il, à l’intention de ceux qui avaient encore des doutes. Jusqu’à nouvel ordre. Probablement jusqu’au prochain ordre qui consistera à dire ce qui est bon à entendre dans les cercles du CNDD, ce qui est mielleux pour le Capi El Dadis, ce qui est indispensable pour sa longévité à lui, à la tête du CNC. Comme une ligne et demie suffisent pour indiquer aux radios ce qu’il ne faut pas dire, il en faudra beaucoup moins pour “ suggérer ” aux journaux ce qu’il faut écrire. Surtout comment il faudrait l’écrire.

Jean-Raymond Soumah a signé ce texte au mois d’août, au Palais du 25 août, là où la Guinée, par la voix de Sékou Touré, avait pris la décision de préférer «la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage.»

Ce n’est pas gentil, M. Soumah. Ce n’est pas gentil vis-à-vis des confrères que nous sommes, vis-à-vis de feu Emile Tompapa qui vous a ouvert les portes du CNC, vis-à-vis des 14 ans de luttes quasi quotidiennes que la Guinée et ses nombreux partenaires étrangers ont menées afin que les Guinéens puissent enfin parler. Se parler dans toutes les langues. Il n’y a pas meilleur facteur de paix. De grâce, n’y touchez plus !

 

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