Metéo




| Le père, le fils et le petit-fils | | Imp | | Envoyer |
| Jeudi, 10 Septembre 2009 13:12 |
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Nous sommes en 2030, réunis autour d’un bon plat de Konkoe à l’huile rouge. Mon fils et mon petit-fils engagent une discussion intéressante : - Grand-père, dit mon petit-fils, peux-tu me confirmer ce que vient de dire papa ? Je n’arrive pas à croire ou à accepter la véracité des faits qu’ils me rapporte. Jure, grand-père, de ne pas mentir ! Ce qui est à l’origine du scepticisme de mon petit-fils à l’endroit de mon fils me fait sourire et me donne une joie que seule la longue vie peut accorder à quelqu’un. Je commence par dire à mon fils que je suis heureux de le voir contesté par son fils comme lui-même m’avait soupçonné de mentir lorsqu’en l’an 2000, je lui narrais les affres vécues par les Guinéens sous le règne de feu Sékou Touré. Pourquoi mon petit-fils ne veut-il pas croire à l’exactitude des faits rapportés par son père, mon fils ? Ne dit-on pas qu’il n’y a pas de plus sourd que celui qui ne veut pas entendre ? Pourtant, bien que je me réjouisse de voir mon fils dans le pétrin, il a raison parce qu’il ne fait que résumer quelques faits marquants de la fin de règne de feu le Général Fory Coco. En plus, il ne parle que des faits les plus anodins de ce règne et de celui qui l’a suivi, mené de mains de fer par le Capi El Dadis, actuellement à la retraite dans la préfecture de Koulé. Je résume, ici, les faits dont il est question. Au temps jadis, il y avait un président de la République nommé le Général Lansana Conté. Celui-ci s’est un jour adressé à la population de Cona-cris venue réclamer la fourniture régulière du courant électrique et demander la baisse du prix des denrées de première nécessité. En réponse aux doléances ainsi présentées, feu le Général Fory Coco a répondu que ce ne sont pas ses urines qui alimentent les groupes électrogènes de Tombo. (A cette époque, je rappelle que la politique stupide menée par son gouvernement avait privilégié l’option de l’énergie produite par les groupes électrogènes alimentés en fuel, malgré le prix de celui-ci). Par cette réponse insultante, feu Fory Coco indiquait en même temps son incapacité à satisfaire la demande sociale. Parlant de la baisse du prix des denrées alimentaires, il a répondu avec la même arrogance, démontrant l’étendue de son mépris des Guinéens, que cette question ne l’affectait pas sachant que ses épouses (il en avait 4 ou 5) ne se rendaient pas au marché. Il a ajouté que la hausse des prix ne le concerne pas, vu qu’il disposait des ressources de l’Etat à sa guise. Mon petit-fils écoute son père avec un air ahuri, abasourdi et incrédule. Mon fils qui ne mesure pas l’étendue de l’étonnement moqueur de son enfant, poursuivit comme si de rien n’était, sa narration des faits. - Sais-tu, dit-il à son fils, que feu le Général Fory Coco avait fait adopter une constitution qui stipulait que, pour être candidat, un militaire devrait quitter au préalable l’armée. Or, après son élection en 1993, au siècle dernier, il exigea aussitôt que tout papier officiel qui ne ferait pas mention expresse du titre de Général, précédé de son nom, ne serait plus signé par lui, violant ainsi publiquement la Constitution. Mon petit-fils fait une grimace indiquant son dégoût d’un tel comportement. (Rappelons qu’aujourd’hui en 2030, plus de 90% des Guinéens sont titulaires du baccalauréat). Mon petit-fils demande à son père ce que fut la réaction de la population à cette époque. Mon fils se tourne vers moi, me regarde se remémore et se surprend à répéter les mêmes mots que je lui avais adressés à l’occasion d’un semblable échange que lui et moi avions eu au sujet du régime de Sékou Touré. Il finit par dire à son fils qu’en ces temps lointains, le peuple de Guinée était bizarre et que, dans tous les cas, ce serait une longue histoire pour expliquer et comprendre cette période. Mon petit-fils a fait la moue très expressive, voulant dire que son père avait «débloqué», qu’il délirait. Ayant compris que son fils ne pouvait pas le comprendre, mon fils mit fin à notre discussion et formule le regret de n’avoir pas pu poursuivre en parlant de beaucoup de choses ayant marqué la suite. Karim Ismaël |
