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| Le bled des rêves brisés | | Imp | | Envoyer |
| Jeudi, 03 Septembre 2009 11:43 |
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Allah, le Fabricateur souverain des astres et des hommes, créa d’un geste tout de magnificence, le pays des Rivières du Sud. Il le dota en son sous-sol de ressources de tous genres. Inépuisables. Il plaça dans chacune de ses quatre régions naturelles de gigantesques cornes d’abondance. C’était assurément la miniature d’un univers de cocagne. Mais comme les bleds voisins, tels que le Sunugal ou wolofoudougou, le Mali ou Bambaradougou, le Gabou et son archipel de Bissagos ou Guinée-Bissau, étaient infiniment beaucoup moins pourvus et même d’une aridité à nulle autre seconde, Allah dans sa miséricorde et dans sa rigoureuse équité créa aussitôt le riverain du sud. Un être jovial, industrieux, un tantinet bourré d’esprit créatif. Ce qui du reste en fera un modèle du genre pour relever des défis, tant culturels que politiques. A preuve : les ballets africains de Kéita Fodéba, qui révélèrent par la magie d’une scène de théâtre et pour la première fois que «la raison et l’émotion» cohabitent en synergie chez le Nègre. Au lieu que le monde hellénique ne pouvait se gargariser que des seuls principes cartésiens. Handicapés qu’ils sont de faire vibrer les fibres de leur cœur avec des trémolos. A preuve encore, l’ouverture sacrée et téméraire, dans une solitude de tous les risques, non d’un sentier mais bien d’une autoroute dans l’inextricable forêt où l’Europe avait enfoui le boulet de la chaîne qui entravait jusqu’alors la dignité et la liberté des peuples coloniaux. Cependant, le Riverain du Sud apparemment nanti et promis à un meilleur devenir par rapport aux autres, aura été affublé d’une terrible malchance qui, au demeurant, semble atavique : en tout cas depuis que cette fameuse autoroute a sonné le glas de la domination de la Gaulle sur les bleds de nos ancêtres. La guigne que de Gaule nous a jetée (celui-là devait être un terrible sorcier jeteur de sortilèges) s’est muée aussitôt en malchance, personnifiée par les deux seuls chefs que nous nous sommes joyeusement donnés dès l’abord, durant les cinquante derniers hivernages. Car quoi, tous deux, en nous enveloppant de volutes enivrantes d’amour, conservaient dans leur insatiable volonté de pouvoir absolu, la pioche de briseur de rêves. Or, nul ne peut se passer de rêves, qui sont à la base de toute création humaine. Et un peuple sans rêves est comme un ciel sans étoiles. Nous aurions dû nous apercevoir de la perfidie satanique de nos guides, si évidemment nous avions tenu compte de cette maxime de La Bruyère : «Les hommes commencent par l’amour, finissent par l’ambition et ne se trouvent souvent dans une assiette plus tranquille que lorsqu’ils meurent» Hélas ! La malchance ne nous a jamais lâchés. Notre premier mansa, en 26 ans de règne absolu de «contofili» et de bavardages éculés, prit un soin méticuleux d’occire le citoyen, enserré dans les rets du parti-Etat. Le second, en 24 ans de gouvernance à vue et de «koutoukoutou», prit tout son temps pour tuer au propre comme au figuré, le bled lui-même. Dans le cadre d’un libéralisme enfanté par la cour du roi Pétaud. Le premier n’eut aucun opposant, et pour cause. Le second ouvrit les vannes d’un multipartisme si intégral que chaque village eut son parti politique. Donc son leader, opposé non au monarque, mais au leader du village voisin. Naturellement il ne fut jamais question d’alternance. Le chef de canton n’en n’a jamais accepté ; ne serait-ce qu’une timide éventualité. A la disparition du deuxième briseur de rêves, les riverains du Sud, coriaces comme ce n’est pas permis, s’emparèrent néanmoins de bottes de rêves, en priant l’éternel de leur donner un sofa, même si le disparu fut de la fratrie des servants de la kalach. Dans le paysage politicien d’alors, aucun civil n’avait ni la légitimité, ni la capacité à leurs yeux, de faire renaître la chance permettant enfin une joyeuse éclosion des nouveaux rêves, frais et arrivés presque à maturité. El Dadis vint. «Le pouvoir pour le pouvoir ne m’intéresse pas. (Proclama-t-il tout de suite) Je mets du propre dans la maison commune et je retourne aussi sec au camp. Dans 6 mois, trois mois si vous pouvez organiser des élections. Juré, craché». Mais mes chères cousines, le pouvoir c’est merveilleux, dès lors que l’objectif du détenteur se limite à ajouter sa pierre pour l’érection de l’édifice national qui lui, jure avec l’éternité. Ses fondations ont été coulées par ceux qui ne sont plus-là. Les continuateurs de l’ouvrage ne sont pas encore nés. Seulement lorsque la concupiscence du pouvoir devient l’ultime justification pour l’ambitieux, les moyens pour y accéder ou le confisquer au-delà du terme convenu n’ont plus de justification légitime. Les riverains du Sud sont encore à la croisée des chemins, comme en 58 ou en 84. Chacun d’eux, depuis le 23 décembre 2008 porte encore en bandoulière une botte de rêves de toutes les couleurs. Si El Dadis, le «patriote, sincère, honnête non assoiffé de pouvoir» se laisse tenter par ceux-là qui ont ruiné le matricule historique de ses prédécesseurs et prend la barre à mine qu’ils lui tendent actuellement, nous aurons sans conteste un troisième briseur de rêves. Les Riverains du Sud devront alors se résoudre à endosser pour l’éternité, leur sort d’exclus de l’espérance par Allah soi-même. Si en revanche il veut rester grand comme de Gaulle (ses thuriféraires en ont déjà fabriqué la comparaison) il devra «accepter de vivre à genoux» (dixit de Gaulle soi-même) Il reste établi que notre Capi a démarré dans le processus de transition avec des idées lumineuses, solidement vêtues d’une houppelande d’engagements de soldat. On peut tout construire avec des idées. Comme on peut tout démolir avec des mots. Nous voudrions demeurer sereins, avec la certitude qu’un soldat ne renie pas sa parole. Ne trompe pas le peuple qu’il a mission de protéger et de conduire vers la source intarissable des succulences. Au demeurant nous savons de même que «le peuple ne donne que sa préférence, jamais sa confiance» Gaffe à toi, mon Capi ! Mais comme tu as décrit par le menu et de façon itérative, le sort réservé aux chefs d’Etat qui se cramponnent vaille que vaille au pouvoir, lors même qu’ils sont abhorrés par leur peuple, y a plus rien à te prêcher. En tous les cas les Riverains du Sud en ont vu de toutes les couleurs. Ils ont appris mieux que quiconque à boire le calice jusqu’à la lie. Et puisque espérer même devient cruel, alors advienne que pourra. S’en fout la mort. A fa koudou ! |
