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Chronique Assassine Vaillante armée Guinée - haine ! PDF  | Imp |  Envoyer
Lundi, 19 Octobre 2009 13:25

La dégustation s’est déroulée en trois actes, comme toute restauration qui se respecte. Les convives avaient les crocs, les yeux rouges, les truffes au vent, humant le parfum sanguinolent des jours de festin. On avait limé les baïonnettes de tables, les fourches et les pelles des enterrements nocturnes. Quelques jours auparavant, le menu annoncé par le cuistot en chef, était des plus prometteurs.

En entrée, vous aurez de la jeunesse saignante. En plat de résistance, je vous propose, chers invités caporaux et lakourous, une belle brochette d’opposants grillée à point, relevé d’un zeste de gardes de corps bien cuit à la rosette. Enfin, en dessert, vous aurez droit à la surprise du chef, à savoir une jolie petite salade de chairs vierges, bien saignantes. Avec les compliments du chef ! Au vu du tableau, on a pris les maquis des bas-quartiers pour s’imbiber d’un peu de «dhadhi-gôgô», d’un soupçon de tambanaya, d’une pincée de nicotine poudreuse...

Acte1: La pêche à la viande fraîche et le marché aux légumes opposants

Dans le rôle du Bravo, aide au camp en personne du chef-cuistot, El Commandante Tièkôro. Ne vous y trompez pas: il n’a rien d’un vioc. Ceci n’est qu’un patronyme. Il a le look des cuisiniers du jour: Sa toque, un béret vert vissé sur la tête; sa fouetteuse, un colt, avec un 9 mm accroché à la hanche. Son tablier, une tenue camouflage; le tout saupoudré d’une démarche altière, longue langue à faire chevaucher les lettres, à se faire bousculer les mots. Dans les rôles des bandits, des poissons à ferrer pour les assiettes des invités, quatre bandits-chefs rompus à déjouer les meilleurs appâts et les plus tordus des hameçons: La P’tite Cellule Dlein de l’UFDG, Le Sid de l’UFR, Le Faux-fuyant Fall du Fudec, Un Lapin Doré de l’UPG, relevé du Moutard des NFD. Encore une fois, ne faites pas la bêtise de foncondre ces ingrédients à de la gnognotte. Cette foncusion a coûté à notre Bravo de longs fils de sa ligne, plusieurs hameçons et un bon tas d’appâts. El Commandante jette sa ligne. Les poissons se regardent, se jaugent, flairent le piège. En stratèges avertis, ils voient «anango plan». Le pêcheur ne se démonte pas. Il est pas gaou. La journée a été déclarée chauffé-payé. Alors, il lui faut juste une étincelle. Une toute minuscule. De la taille de l’homme de la pierre taillée. Après, il pourra se tailler une bière. Parce qu’il est honnête et sincère. De l’autre côté du fleuve, un ban, une marée de poissons surexcités traversent le cours d’eau. Des petits «bandits-saletés» qui veulent être les premiers dans les assiettes. Alors-là, pas question! Nos bandit-chefs se ruent, gueules ouvertes sur le hameçon d’El Commandante.

Le flotteur s’affole. Le bras du pêcheur s’affale. Ça mord ! Y’a plus qu’à tirer. Tièkôro mouline. Il mouline, encore et encore. Il retire sa prise de l’eau. Il la met dans son panier aux couleurs fluorescentes. Il les escorte jusqu’au restaurant du 28 septembre. Passage par la cuisine surchauffé pour une grillade à point. Il les sert sur le plateau d’or de la Tribune officielle. A cet instant précis, la table des convives déborde de mets, des gradins à la pelouse, jusqu’à la terrasse...

Acte2: Entrée, plat de résistance, atmosphère kalach’lacrymo

La journée est avancée. Le soleil est dans la place. La viande saignante ou cuite à point peut être servie. Les amis du Bravo sont autour de la grande table du 28 septembre. Pour gagner du temps, chaque invité est venu armé de ses couverts. Ils ont de beaux costumes. Légèrement différents de celui du Bravo El Commandante Tièkôrô. Ça se voit néanmoins qu’ils viennent du même espace, de la même espèce. Donc, voilà les invités. Chacun dégaine ses couverts. Un kalach, un couteau, un gourdin, une matraque, un pied de table de fortune, ramassé en cours de route. On sent bien que les gus ont une faim de loup. Alors, le clairon du banquet sonne. Je veux dire la cloche qui boucle le traquenard et l’ouverture de la chasse. Une rafale qui rappelle une rasade de maquis. A l’intérieur de l’assiette du 28 septembre, les plats exultent. Imaginez la folie. Ces cons ne voyaient pas qu’ils allaient se faire bouffer crus. D’autres rafales du côté de l’entrée principale. On pousse de nouveau un hourra. Mais les cliquetis des fourchettes et des couteaux de la mort se font insistants. Le jeu est devenu plus sérieux. La brochette d’opposants est croquée à pleines dents. Les convives se lèchent les babines. Le festin est grandiose... Là, on se sent seul. Solitaire au milieu de la foule, vous connaissez? Ce n’est plus drôle du tout. T’aurais dû écouter maman. Maintenant, voilà toi, voilà ta cousine la mort. Tu veux négocier un sursis, mais y’a pas moyen. Tu lâches une ou deux caisses, histoire de te rassurer. Tu veux aussi espérer que l’odeur va éloigner la cousine. Mais rien y fait. Là, tu as cette question, certes honnête et sincère, mais qui ne te sera d’aucun secours: Pourquoi je suis là, bordel de merde? Pour toute réponse patriotique, tu fais confiance à la probité morale de tes jambes. Tu n’es pas Usain Bolt, mais on va voir ce qu’on va voir. On drague les murs. Sans aucun style. On fait des émules à Alpha Grimpeur. Un, deux, trois, quatre murs. On est où là? A la case départ. On lève les mains, en signe  de drapeau blanc. La reddition, c’est pas pour aujourd’hui. Recours à l’hymne national. La fibre nationaliste, connais pas ! De toute façon, ça chante comme des casseroles. On gueule Allahou Akbar! La ferme, Dieu est grand, mais Mamadou est petit, ok ? On passe par un trou de souris. On enjambe un corps. On a perdu le pied droit de sa chaussure. Mais on tient tout de même le pied gauche dans sa main droite. Son trésor de guerre, peut-être. Parce que cette chaussure n’est pas à lui. Et tes lunettes ? Qui t’a dit que suis myope ? Moi, je vois clair net ! Un autre veut garder sa bicyclette. Peut-être se croit-il à une compétition de saut à l’obstacle. On ne doit pas se réjouir du malheur des autres. Quel soulagement quand un bidasse lui retire son encombrant tas de ferraille. On halète. On suffoque. Là, t’as ce souvenir, certes malhonnête et non sincère, mais d’une grande lucidité: une pancarte à l’entrée ou t’as lu: “ Il est fini ”. Ce “ Il ”, c’était donc toi ? Quelle ironie du tort !

Acte3: L’horreur du dessert de la haie d’honneur

La table est désormais presque vide. Pour toi, tu sais toujours pas dans quelle catégorie tu seras classé, lorsqu’il s’agira de raconter l’histoire de ce banquet géant: rescapé ou bouffé. Voilà, affaire ! T’as alors un dernier sursaut de survie. Tu lèves le regard vers le dernier mur. Derrière, il y a le chemin de la liberté, de la vie. Une main solidaire est tendue vers toi. Tu l’attrapes. Elle te tient. D’autres mains te poussent le popotin. T’as envie de lâcher une autre caisse. Mais on fait pas ça à ses sauveurs. Tu t’élèves. Tu passes le mur. Te voilà enfin libre. Enfin presque. Juste un bel effort pour passer la haie d’honneur que les derniers invités t’ont ouverte. Certains prennent déjà leur dessert. De la bonne chair, vierge ou entamée, picorée contre le mur, au couteau, au petit canon ou au gros canon. Quand il faut y aller, faut y aller. Encore un effort. Celui-ci viendra du tréfonds du comédien qui ronfle en toi: on se concentre. On se trouve de bonnes larmes de crocodiles. On construit une démarche boiteuse. Et on avance à pas de victimes, titubant, au bord de l’agonie. On se laisse palper pour sacrifier quelques francs glissants dans la poche. Le guignol exige le téléphone. Tu réponds que t’en n’as pas. Que ses amis ont fait singué-singué sur toi. C’est le moment que choisit un poltron, assis dans son salon, pour t’appeler. Et le Nokia cafte sa stupide sonnerie. La boucle!  Le lakourou chatouille ton pote. Une gifle. Puis une autre. Encore une troisième. Il le fout à genoux. Le fait pomper. Histoire de lui rappeler son maître d’école primaire. Il allège ses poches de ses sous et de son Nokia traître. Il allège son annulaire de son alliance. Tout-passe. Il passe. Tu passes. Avec

baisers de brodequins et matraques, d’autres honneurs à tes fesses. Histoire de booster l’économie du beurre de karité…

Te voilà enfin dehors.

Retrouver son souffle.

A fakoudou !

 

 

 

 

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