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| Vendredi, 14 Août 2009 11:44 |
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Il y a quelques années, en compagnie de mes amis Ansoumane Bangoura «Grinda» et Namankoumba Kouyaté, nous prônions sur les antennes de la RTG, le devoir de mémoire. Nous croyons avoir été entendus. Dieu merci ! Aujourd’hui, qu’on nous permet de rejoindre le Président Moussa Dadis Camara quand, régulièrement, il exprime ses sentiments de reconnaissance et de gratitude envers ses maîtres et bienfaiteurs. C’est un acte digne d’un croyant, de quelqu’un de profondément humain. Et publiquement il a dit les mérites des enseignants, allant jusqu’à vanter leur degré de conscience et d’honnêteté. De plus, recevant quelques femmes du Réseau des femmes de la Mano River Union, il n’a pas manqué d’exprimer son admiration pour le combat héroïque des femmes guinéennes. Dans ce concert d’éloges, je voudrais m’autoriser à signaler le cas d’une grande oubliée, de l’une des premières guinéennes à avoir franchi avec brio les étapes du parcours scolaire et universitaire de l’intellectuel guinéen type: collège avec un rang très honorable au Brevet d’études et dans le cas des filles, Ecole Normale des jeunes filles de Rufisque (Sénégal) d’où sont sorties les meilleures Institutrices de Guinée. Baccalauréat sciences expérimentales en 1954, étudiante à la faculté des lettres et sciences humaines des Universités de Dakar (Fann) et Bordeaux (France) de 1957 à 1960. Ceux des étudiants qui l’ont connue à Dakar ou à Bordeaux, la décrivent comme battante sans complexe, sûre de ses convictions et engagée. A l’Indépendance de la Guinée en 1958, elle est sur le point d’achever ses études universitaires et c’est une jeune dame Licenciée ès Lettres (Mention Géographique) qui rejoint son mari en Guinée comme professeur de géographie. J’ai fait la connaissance de Mme Bah née Aminatou Diallo (car c’est d’elle qu’il s’agit) au cours de l’année scolaire 1964 - 1965, au Lycée Technique de Conakry. Elle y enseignait déjà la géographie et moi l’histoire. De 1964 à 1967, j’ai eu l’occasion d’admirer le bourreau du travail, doté d’une conscience professionnelle rare. Pendant que la charge horaire était de 18 heures par semaine, Mme Bah en assumait 26 heures. Allant jusqu’à apprendre le Chinois pour mieux expliquer ses cours sur l’Empire du Milieu. Or son mari, le professeur Ibrahima Caba Bah, compagnon de Felix Faber et de feu Saïdou Diallo Maléah, mais aussi compagnon. d’infortune de feu Koumandian Keïta, Sidi Diarra et autres illustres prisonniers du complot dit des enseignants, purgeait une peine indéterminée dans une prison de la Révolution, l’authentique patriote ! En plus de ce poids moral, Mme Bah avait en charge ses enfants, ses sœurs et autres parents. C’était du stoïcisme. Depuis la libération de son mari en 1967, elle se consacre entièrement à la géographie. Son grand amour pour la géographie, elle l’étale sur le terrain à l’école normale de Kindia, à l’école normale supérieure de Kankan, au Lycée de Labé, à l’Institut Polytechnique de Conakry. Elle l’exerce dans la pratique, autant comme conseillère technique que comme Directrice Générale de l’Institut Géographique de Guinée ou Directrice Adjointe du centre de Recherches Environnementales de Fouta Djallon. Ses compétences, son savoir et sa culture l’amènent à participer à des stages et à de nombreux séminaires en Guinée, en Afrique (Burkina, Bénin, Niger, Sénégal, Algérie, Maroc, Zimbabwe et dans le monde (Canada, Etats-Unis etc. . .). Elle est devenue une référence, une ressource à laquelle on fait souvent appel à l’extérieur. Pour utiliser une expression fort prisée aujourd’hui, Mme Bah est une grande patriote. Je résiste difficilement à l’envie de faire l’inventaire de toutes ses publications. Mais sur le mur de beaucoup de bureaux à Conakry et dans les préfectures sont accrochées les cartes administratives et scolaires, œuvre de Mme Bah. Rien que ça ! On lui doit des manuels de géographie à l’usage des collèges et lycées de Guinée. Des études et enquêtes socioéconomiques ou démographiques sont encore une preuve des capacités et de l’engagement pour la Guinée de cette grande intellectuelle. Mais d’où vient que cette dame, qui porte bien ses 76 ans aujourd’hui, est restée dans l’ombre ? D’où lui viennent sa grande modestie, sa simplicité, sa maîtrise de soi et son dévouement à la Guinée et à la géographie ? De ses origines, naturellement. De par son père, Modi Amadou Laria, grand-père de notre premier cartographe, le professeur Abdoul Ghouddoussi Diallo qui a dirigé pendant 20 ans avec sérieux et compétence la faculté des lettres en sciences sociales de l’université de Conakry. Modi Amadou Laria dont Mme Bah a publié une chronique de Diari, était un érudit en Arabe, qui a permis à la plupart de ses filles de fréquenter l’école française. De par sa mère, Hadja Asmaou Bah, elle participe de l’héritage du grand lettré de Labé Thierno Aliou Bhoubha Ndiyan, mais aussi par son mariage avec un des petits fils de Thierno Aliou, le professeur Ibrahima Caba Bah. Sa noblesse intellectuelle et familiale, les difficultés de la vie, ont peut-être obligé Mme Bah à se replier sur elle-même, en privilégiant le travail et le service de la patrie dans la discrétion la plus totale. C’est la marque de certains grands intellectuels qui se sont mis au service de la patrie sans tambour ni trompette, donc sans démagogie, partisans du faire et laisser dire. Sinon, cette femme aux immenses qualités intellectuelles et morales aurait gravi aussi les étapes de la reconnaissance nationale. N’est-ce pas Mme Niépou Traoré et Saran Daraba? On sait que dans notre pays les médailles sont souvent gagnées sur le champ de bataille de la politique et parfois des relations privilégiées avec le pouvoir. Avec humilité et déférence nous pensons qu’elle mérite une décoration. Président Dadis, ne vous laissez pas distraire par les prouesses verbales, les dons artistiques de certains, pour ouvrir le chantier du mérite et de la compétence, de la bonne gestion des ressources humaines. Les plans de carrière ont disparu tout comme les concours professionnels; le pays gagnerait à mettre certains postes techniques et administratifs à concours. Le Président Dadis Camara a ouvert beaucoup de chantiers. Il lui reste à s’attaquer résolument à celui de la gestion des ressources humaines, où le bât blesse.
Tolo Béavogui |
